Bruxelles, 13/02/2002 (Agence Europe) - Les trois communications sur les défis de la globalisation et du développement durable adoptées mercredi par la Commission (voir EUROPE d'hier, p. 12) sont une profession de foi dans les vertus de la méthode multilatérale pour traiter les problèmes planétaires, et un guide pour une contribution majeure de l'Union aux prochains rendez-vous internationaux: la mise en œuvre de l'agenda de développement tel que défini à Doha, la conférence internationale sur le financement du développement (Monterrey, Mexique 18-22 mars) et le Sommet mondial du développement durable (Johannesburg, septembre 2002). L'objectif politique assigné à l'Union - œuvrer à une mondialisation équitable entre pays riches et pays pauvres, garante du développement durable à l'échelle planétaire - ne pourra être atteint que par l'établissement d'un partenariat global pour lutter contre la pauvreté, gérer au mieux les ressources naturelles et l'environnement du patrimoine mondial, augmenter de manière substantielle le volume de l'aide publique mondiale au développement, estime la Commission. Poul Nielson, Commissaire européen à la politique de développement, l'a souligné en présentant à la presse l'initiative de la Commission et les mesures concrètes qu'elle propose.
"La communication sur un partenariat mondial pour un développement durable définit les responsabilités respectives des pays en développement et des pays industrialisés ainsi que la responsabilité collective des institutions financières pour assurer une globalisation durable. La Commission y réaffirme son engagement en faveur de l'agenda de développement défini à Doha et propose la ligne à suivre par l'Union pour la conférence internationale sur le financement du développement (Monterrey, 18-22 mars) (…). Doha ne suffit pas, Monterrey non plus, Johannesburg non plus. C'est une approche cohérente et globale de ces trois agendas qu'il nous faut développer", a déclaré le Commissaire. Rappelant qu' une économie mondiale fondée sur le libre-échange ne suffit pas à garantir le développement durable et que les sommets européens de Göteborg et de Laeken ont réaffirmé l'engagement des Etats membres à consacrer 0,7% de leur PNB à l'aide publique au développement APD, il a énoncé les cinq mesures que la Commission propose à la Communauté, à savoir: 1) l'augmentation sensible du volume de l'APD par les Etats membres; 2) le renforcement de l'architecture financière et monétaire internationale et la promotion de formes de réglementation des marchés plus transparentes pour éviter les abus ; 3) des efforts accrus pour délier l'aide communautaire; 4) la promotion de l'agenda global pour mobiliser des sources de financement supplémentaires; 5) l'accroissement de l'assistance technique au commerce des PVD.
Pour montrer l'exemple au sommet mondial de Johannesburg, la Commission recommande à l'Union de: - réussir l'agenda de Doha pour le développement, ce qui suppose notamment de garantir la cohérence de ses politiques en matière d'agriculture et de pêche, de réglementation des exportations d'armes et d'immigration ; - renverser la tendance à la dégradation de l'environnement d'ici à 2015 par la mise en œuvre des accords environnementaux multilatéraux tels que le Protocole de Kyoto et d'un plan d'action en 12 mesures visant une meilleure gestion de l'eau, le renforcement de la sécurité maritime, la protection des forêts, la promotion de sources d'énergie renouvelables, etc. ; - contribuer à l'objectif de la déclaration du millénaire: diminuer de moitié la pauvreté dans le monde à l'horizon 2015, ce qui suppose une concentration des ressources de la coopération au développement sur les pays les moins avancés, et l'adoption de stratégies intégrées combinant éducation, santé, nutrition, accès à l'eau potable et aux installations sanitaires.
"Nous devons assurer davantage d'équité, plus de solidarité entre les premiers et les derniers dans la globalisation. Les préparatifs de la conférence de Monterrey s'inscrivent dans cette perspective. la Commission propose que l'Union aille bien au-delà de ce qui est prévu au sein du comité d'aide au développement de l'OCDE et annonce à Monterrey ce qu'elle compte faire", a déclaré Poul Nielson. En clair, la Commission suggère, dans un premier temps que les États membres dont l'APD se situe au-dessous de la moyenne communautaire (0,33% du PNB), l'atteignent au plus tard en 2006, ce qui permettra à la moyenne communautaire de s'élever alors à 0,39%, en gardant en vue l'objectif des 0,7%. "C'est un moyen de donner un élan à un processus frappé d'immobilisme depuis plusieurs années. Nous voulons travailler main dans la main avec les États membres", a ajouté le Commissaire, en précisant que l'octroi des ressources d'APD demeure de la compétence des États membres. Les chiffres annexés à la communication de la Commission résultent d'ailleurs d'une consultation fructueuse avec les États membres, a-t-il précisé, refusant de prêter à l'Espagne, qui préside actuellement l'Union, une quelconque réticence à accepter ce calendrier. Invité à commenter la décision du Danemark de diminuer son APD, le Commissaire a répondu: "sur ce point, je ne suis pas fier d'être Danois". Interrogé sur l'intérêt de la taxe Tobin pour améliorer la gouvernance globale, pour une plus grande discipline collective dans l'utilisation du système monétaire et financier multilatéral (objet de la troisième communication de la Commission ), Poul Nielson a estimé qu'elle "pourrait s'avérer utile" mais qu'aucune décision n'est arrêtée à ce sujet. "Nous poursuivons nos travaux sur la recherche d'autres sources de financement", a-t-il ajouté.