Strasbourg, 15/11/2001 (Agence Europe) - Les députés européens, qui s'étaient réjouis lundi soir d'accueillir parmi eux leur collègue Olivier Dupuis, élu de la Lista Bonino, libéré après avoir été en prison à Vientiane depuis le 24 octobre avec d'autres militants radicaux (voir EUROPE du 14 novembre, p.6), ont adopté jeudi une résolution présentée par Elmar Brok, président de la commission des affaires étrangères, dans laquelle ils posent le problème plus large de la démocratie au Laos et demandent de convoquer la Commission mixte prévue par l'Accord de coopération UE/Laos. Selon la résolution, l'arrestation de cinq militants radicaux qui manifestaient pacifiquement pour la démocratie au Laos et la disparition de cinq leaders étudiants laotiens arrêtés le 26 octobre 1999 et dont on est toujours sans nouvelles (Olivier Dupuis et les autres membres du Parti radical transnational étaient justement à Vientiane le 26 octobre dernier pour manifester en leur faveur) constituent clairement « une très grave violation des principes démocratiques définis par la Déclaration universelle des droits de l'homme ». Avant la libération des militants radicaux, la commission des affaires étrangères avait rédigé une résolution plus dure, demandant la suspension des aides au Laos. La résolution finalement adoptée jeudi se limite à condamner le comportement des autorités laotiennes et a demandé que la Commission mixte permette d'obtenir: - des informations précises sur le sort des cinq Laotiens disparus, à qui on devrait assurer, dans les plus brefs délais, un procès « dans le plein respect des normes internationales » ; - l'engagement du gouvernement laotien à garantir le respect des droits civils et politiques reconnus par la Déclaration universelle des droits de l'homme et de se conformer aux requêtes contenues dans la résolution du PE du 15 février dernier, notamment l'abolition de l'article 59 du code pénal qui prévoit des peines de prison de un à cinq ans pour « propagande contre le gouvernement ».
Dès mardi, le Commissaire David Byrne avait indiqué à la plénière que la Commission européenne suivait de près, avec les missions diplomatiques des Etats membres, la situation des droits de l'homme au Laos, et il avait reconnu les « carences » existant dans la « gestion de la justice » dans ce pays. Ces problèmes sont en partie exacerbés par les insuffisances de la formation du personnel judiciaire, raison pour laquelle la Commission a offert une assistance au gouvernement de Vientiane pour réformer le système et développer ses ressources humaines, a ajouté M. Byrne. Au cours du bref débat, l'élu de la CDU Hartmut Nassauer a rappelé que le Laos est depuis 1975 un Etat «unipartite », qui n'est donc pas « démocratique dans le sens que nous l'entendons ». Cependant, M. Nassauer a aussi noté que l'UE y finance des projets qui doivent justement y encourager la démocratie et l'Etat de droit et que la Délégation PE/ASEAN (qu'il préside) a pu se convaincre encore cette année que cette aide est utile; pour cette raison, il a estimé que la coopération avec le Laos doit se poursuivre. Olivier Dupuis, en revanche, a constaté que le Laos avait entamé au début des années 90 un processus d'ouverture, surtout en matière économique, mais que depuis 1995 « nous assistons à une dérive extrêmement grave, à une transformation de ce régime communiste en un régime véritablement « cleptocommuniste » ou plutôt en un hybride de cleptocommunisme et de narcocommunisme ». Selon lui, l'UE doit donc, « au lieu de continuer à soutenir des projets politiquement corrects (…) qui sont sans conteste utiles (…), aller au coeur du problème, c'est-à-dire la démocratisation ».