Strasbourg, 15/11/2001 (Agence Europe) - Isabelle Durant, présidente du Conseil Transports de l'UE, a souhaité jeudi matin, lors du débat au Parlement européen sur la crise des transports aériens aggravée par les attentats du 11 septembre, que les propositions sur des mesures immédiates qui seront faites au Conseil Transports du 7 décembre pourront entrer en vigueur sans tarder. Selon Mme Durant, une restructuration s'impose, sous la forme d'une « recomposition du ciel européen autour de quelques grandes alliances (…), sans préconiser des fusions ou des prises de participation qui nécessiteraient une refonte globale du système réglementaire de concurrence ». Cette recomposition devrait être accompagnée par une réflexion permettant l'adaptation des règles de concurrence pour mieux armer l'Europe face aux pays tiers, et notamment à son « grand concurrent », les Etats-Unis. Mme Durant n'a pas ménagé les critiques au gouvernement américain, qui, avec une aide immédiate aux compagnies aériennes, a permis des pratiques « prédatrices » sur les lignes transatlantiques. La Présidence belge estime qu'il faudrait donner, à terme, un mandat à la Commission européenne afin qu'elle négocie au nom de l'Union dans ce domaine (nous le demandons depuis longtemps, a rappelé Mme Diamantopoulou) et appuyer la Commission lorsqu'elle propose un code de conduite avec les Etats-Unis. La Commissaire aux Affaires sociales Anna Diamantopoulou a affirmé pour sa part que le cadre législatif existe pour faire jouer les instruments permettant d'aider à faire face à la crise sociale: il faut éventuellement réorienter les crédits du Fonds social, a-t-elle dit.
Pendant le débat (suivi sur les tribunes par des représentants des syndicats), plusieurs députés ont attaqué le Conseil et la Commission en leur reprochant de ne pas faire assez pour ce secteur en crise: particulièrement virulents, la conservatrice britannique Jacqueline Foster, qui a réclamé un « paquet financier intérimaire », et le travailliste britannique Brian Simpson, qui les a accusés de « chanter pendant que Rome brûle, comme des Nérons contemporains » (et aussi la socialiste belge Olga Zrihen qui s'est écriée: « Oui, l'Europe est responsable, elle apparaît comme le véritable moteur de cette libéralisation sauvage (…) Je ne comprends pas cette Commission intransigeante qui privilégie les sanctions et les oukases »). « Je pense que personne n'a l'exclusivité de l'indignation face au drame social » que vivent certains travailleurs, a vivement réagi la ministre belge Isabelle Durant, en ajoutant (référence à la faillite de Sabena): « Je suis bien placée pour le savoir ». En même temps, elle a estimé que le retour aux aides d'Etat « massives » ne serait qu'un moyen de « faire reculer l'obstacle » et de "occulter" des problèmes qu'il faudra régler tôt ou tard. Paolo Costa (I Democratici, groupe libéral) a, en revanche, lancé un appel au calme, en soulignant qu'il faut poursuivre « tant d'objectifs en même temps »: la défense contre la « concurrence déloyale » américaine, l'accélération de la restructuration du secteur et les obligations en matière de sécurité et de respect de l'environnement. Pierre Jonckheer, vert belge, a dénoncé lui aussi le comportement « inacceptable » des Etats-Unis (puisque nous ne pouvons apparemment pas saisir l'OMC, nous devrons faire valoir nos « arguments légitimes » dans le cadre du dialogue transatlantique, a-t-il dit), tout en notant que la politique européenne de concurrence doit « aider la restructuration du secteur, et pas l'empêcher ». L'élu du PDS allemand Helmut Markov a plaidé pour une stratégie globale des transports européens et a insisté sur des normes sociales élevée et des salaires adéquats, alors qu'Adriana Poli Bortone (Alleanza nazionale) a posé en particulier le problème de recapitalisation d'Alitalia, en notant que la Commission a autorisé le 17 octobre 387 millions d'euros, mais que les besoins d'Alitalia atteignent 1,5 milliard d'euros.
Plusieurs députés belges sont, naturellement, intervenus dans le débat en évoquant en particulier l'affaire Sabena. L'élu du Vlaams Blok Frank Vanhecke l'a fait pour noter que Sabena enregistrait des pertes depuis quatorze ans, et que « la famille royale est intervenue pour que les francophones restent à sa tête », alors que Marianne Thyssen (PPE) a souhaité, dans cette phase critique, une « plus grande souplesse dans la gestion des créneaux »: la DAT (filiale de Sabena) devrait bénéficier de la même protection et des mêmes opportunités que les autres compagnies aériennes, a-t-elle estimé. Quant au libéral Dirk Sterckx, il a souligné qu'il faut agir au niveau européen ; nous tenons beaucoup à nos compagnies nationales, mais leur époque est révolue, a-t-il reconnu. Tout autre, le ton du travailliste irlandais Proinsias de Rossa, qui a affirmé au contraire que les compagnies aériennes nationales sont aussi importantes que l'hymne national.
EUROPE reviendra sur le vote de la résolution de plusieurs groupes, qui demande notamment que les règles européennes de la concurrence soient appliquées à ce secteur en crise « sur une base individuelle, de sorte que de nouvelles structures puissent se mettre en place ».