Bruxelles, 21/09/2001 (Agence Europe) - "Oui! il nous faut un mandat d'arrêt européen. Oui! il nous faut un procureur européen. Oui! Eurojust doit devenir opérationnel au plus vite. Oui! Europol doit jouer un rôle accru de coordination. Oui! la coopération judiciaire et policière peut être communautarisée. Oui! la lutte contre la criminalité organisée, sous tous ses aspects, peut être communautarisée, et en particulier celle qui porte sur la criminalité financière et le trafic d'armes. Ce sont autant de mesures immédiates auxquelles le Parlement vous invite ce soir à donner une impulsion politique décisive". C'est ce qu' a dit Nicole Fontaine, Présidente du Parlement européen, vendredi soir aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE réunis au sein d'un Conseil européen extraordinaire consacré à la réponse commune à donner à la menace du terrorisme, après les attentats du 11 septembre à New York et à Washington.
Ces mesures, a-t-elle dit, seront facilitées par l'accord politique intervenu au Conseil JAI, jeudi (voir EUROPE d'hier, pages 8 et 9), "à condition que les blocages qui empêchent l'harmonisation du droit pénal, pourtant prévue par le Traité d'Amsterdam, soient définitivement levés d'ici début décembre". En même temps, souligne Mme Fontaine , il faut une "évolution des mentalités et des comportements", et une "coopération sans faille "entre tous les services chargés de la sécurité.
Mme Fontaine, qui a rappelé que ce renforcement de la lutte contre le terrorisme est réclamé par le Parlement depuis longtemps, a par ailleurs noté, suite à cette crise, que "des pans entiers de nos économiques peuvent être atteints, avec de graves conséquences sur l'emploi". "Au moment où l'euro va faire son entrée dans la vie quotidienne de plus de 300 millions d'Européens, la coopération étroite qui vaut pour la sécurité doit valoir pour l'économie. Il faut une réponse européenne et non quinze réponses nationales", s'est-elle écriée.
Sur un plan plus général, Mme Fontaine, qui a rappelé qu'elle avait suggéré elle-même la tenue d'un tel Conseil extraordinaire (voire EUROPE du 14 septembre, p.4), a estimé que les nouveaux défis que pose cette "actualité dramatique" requièrent "un saut qualitatif majeur" de la construction européenne.
Quant à la riposte aux attentats, Mme Fontaine a espéré que les Etats-Unis, même s'ils sont la "première victime directe, veilleront à éviter une réponse trop unilatérale, ou perçue comme telle": cette riposte doit "donner tout son sens à l'alliance la plus large possible de l'ensemble des Etats qui se sont engagés à y participer" , estime-t-elle, en notant que les dernières évolutions de l'administration américaine semblent aller dans ce sens.
Une fois de plus, Mme Fontaine a rappelé que le Parlement a souligné "la nécessité absolue de tout faire pour éviter qu'un amalgame soit établi entre le fondamentalisme islamique et l'ensemble de l'Islam". Les ambassadeurs de la Ligue des Etats arabes auprès de l'UE m'ont confié "leurs inquiétudes "à ce sujet, a-t-elle dit (voir EUROPE d'hier, p.6), et l'épreuve actuelle doit conduire à réactiver les liens avec ces pays, à relancer le dialogue euro-méditerranéen et celui avec le monde musulman, a-t-elle ajouté, en indiquant que "le Parlement européen entend prendre des initiatives en ce sens".
Enfin, Mme Fontaine a souhaité que le Premier ministre israélien lève les conditions mises à une rencontre Peres-Arafat, et a rendu hommage à Javier Solana et aux responsables de l'UE qui "assurent une présence permanente auprès des Israéliens et des Palestiniens".