Strasbourg, 17/01/2001 (Agence Europe) - En adoptant le rapport de Christine de Veyrac (PPE française) sur l'application de la convention pour la protection du patrimoine mondial, le Parlement européen a souhaité que les Etats membres de l'Union européenne étudient, avec le Conseil de l'Europe, l'établissement d'un système de classement du patrimoine européen sur la base de définitions et de critères d'identification communs et l'attribution à ce patrimoine d'un label européen. Le Parlement a en revanche rejeté à une courte majorité (226 voix pour, 273 contre et 23 abstentions) la proposition de son rapporteur qui invitait les Etats membres à limiter leurs propositions d'inscription de nouveaux biens culturels sur la liste du patrimoine mondial (voir aussi EUROPE du 8 janvier, p. 12).
Lors du débat, Mme de Veyrac a rappelé que sur les 690 sites classés dans le monde, 208 sont situés sur le territoire de l'Union qui rassemble ainsi 30% des sites inscrits au patrimoine mondial. Constatant que l'Unesco retient essentiellement une vision géographique (elle a expliqué que l'on classe ainsi les ports et non les navires, des entrepôts et non l'ensemble des composantes d'un site industriel), elle a souhaité l'établissement d'une liste européenne qui reposerait sur une vision dynamique du patrimoine. Elle a préconisé que la Commission européenne prépare une étude sur la restauration qui s'intéresserait aussi à la préservation et à l'organisation des métiers qui sont indispensables pour l'entretien et la conservation des édifices et des biens culturels, et a souhaité l'adoption de dispositions juridiques favorisant le mécénat. Mme de Veyrac a, par ailleurs, demandé à ses collègues de voter pour un amendement qu'elle avait déposé pour recommander aux Etats membres de l'UE de limiter les propositions d'inscription de nouveaux biens sur la liste du patrimoine mondial: elle a expliqué qu'il s'agit ainsi de favoriser un rééquilibrage géographique de la liste, mais aussi un rééquilibrage entre les sites naturels et les biens culturels (sur les 208 sites classés dans l'UE, 192 sont des biens culturels, 11 seulement des biens naturels et 5 des biens mixtes). Cette autolimitation devrait aussi, selon elle, permettre d'éviter que la multiplication du nombre de sites inscrits ne conduise à une banalisation de la liste du patrimoine mondial.
La commissaire Viviane Reding a profité de ce débat pour faire un éloge des mesures prises à tous les niveaux pour la sauvegarde du patrimoine européen. Elle a aussi souligné que ce patrimoine reflète « la diversité culturelle qui nous appartient à tous » même si elle est le fruit d'une particularité locale ou régionale. « C'est pourquoi nous avons tous la responsabilité de préserver cette richesse », a ajouté Mme Reding en constatant que « s'il part un morceau en Finlande, il manquera aussi pour la Grèce et si l'on perd un morceau en Grèce, il sera aussi perdu pour le Danemark ». Elle a ensuite rappelé que la Commission ne dispose que de très faibles moyens budgétaires pour mener des actions en faveur du patrimoine et que le Traité ne lui offre pas de base légale pour prendre des initiatives comme celle qui permettrait l'établissement d'une liste européenne du patrimoine.