Bruxelles, 17/01/2001 (Agence Europe) - La probabilité est grande que la Commission européenne soit, dans un proche avenir, conduite à modifier la législation communautaire anti-vache folle pour allonger la liste des matériels à risques spécifiés (MRS) actuellement interdits d'utilisation dans la chaîne alimentaire animale et humaine. Certaines des recommandations du comité scientifique directeur de l'Union (CSD), consulté sur la sécurité de certains tissus bovins et de sous-produits d'origine animale susceptibles de présenter un risque de contamination par l'agent infectieux de l'ESB, vont clairement dans ce sens, en particulier pour ce qui concerne la viande séparée mécaniquement des os des bovins si elle est obtenue à partir de crânes et de colonnes vertébrales d'animaux de plus de douze mois. Ceci pourrait marquer, à terme, la fin de la côte à l'os.
Tenu secret depuis vendredi, le temps d'être finalisé, l'avis du CSD sur la justification scientifique des mesures bilatérales adoptées par certains Etats membres, au-delà des dispositions de la législation communautaire en vigueur (voir EUROPE du 13 janvier, p. 15), vient d'être publié ce mercredi. La Commission accueille favorablement cet avis formulé à la lumière de la mise en œuvre de l'interdiction temporaire des farines animales et des tests de dépistage systématique chez les bovins à risques de plus de trente mois, et procède actuellement à son examen attentif . "Aucune décision n'a été prise à ce stade. L'opportunité de suivre les suggestions du comité scientifique, en les traduisant en décisions politiques de gestion du risque, est laissée à la discrétion de la Commission", a souligné devant la presse la porte-parole de David Byrne, commissaire européen à la Santé et la protection des consommateurs. Voici résumée la teneur de l'avis :
La viande séparée mécaniquement des os des bovins doit être considérée comme un matériel à risque (en raison de son contact avec les chaînes ganglionnaires et de la moelle épinière, et, partant, des risques de contamination croisée) et ne doit donc pas être destinée à la consommation humaine si elle est obtenue à partir de crânes et de colonnes vertébrales d'animaux de plus de douze mois.
Les bovins nés avant la mise en œuvre effective de l'interdiction totale des farines carnées dans l'alimentation des animaux de ferme (le 1er octobre 2000 était la date butoir pour ce faire) et ceux qui sont nés alors que l'interdiction totale de ces farines n'était pas encore correctement mise en œuvre pourraient en effet présenter un risque plus élevé que les animaux nés après la mise en œuvre effective et correcte de cette interdiction. Cela pourrait justifier l'interdiction de certains tissus d'origine animale, notamment toute la colonne vertébrale des bovins de plus de douze mois ( mais pas la rate et le thymus). Tout dépend du résultat de l'évaluation qui aura été faite de la probabilité, pour les bovins, d'être infectés par l'ESB et en période d'incubation de la maladie.Cette possibilité doit être évaluée à la lumière des mesures de gestion du risque mises en place. A titre d'exemple, dans le cadre des conditions du programme britannique d'exportation de viande bovine, fondé sur la date (UK date-based Export Scheme ou DBES), il est très peu vraisemblable qu'un animal de moins de trente mois en période d'incubation de la maladie entre dans la chaîne alimentaire.
Concernant les graisses dérivées de tissus bovins, telles que le suif, le CSD recommande qu'elles soient soumises à une cuisson sous pression afin de minimiser l'infectiosité potentielle avant d'être utilisées dans l'alimentation des animaux. Cette opération s'ajouterait au processus de purification des graisses, actuellement imposé par la législation communautaire pour filtrer les protéines. En revanche, que les protéines hydrolysées dérivées des peaux de bovins et d'autres tissus qui ne sont pas des matériels à risque spécifique, sont sûres. Les experts le confirment une nouvelle fois.
Cet avis semble donner partiellement raison à deux des mesures additionnelles adoptées par la France: l'inclusion de toute la colonne vertébrale des bovins dans les MRS et l'interdiction des T-Bone Steak. En l'état actuel des connaissances scientifiques, les mesures d'interdiction du thymus, de la rate et de toutes les graisses issues des farines animales (adoptées par la France et, pour ce qui concerne les graisses, par l'Allemagne également) ne sont pas considérées comme justifiées.