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Bulletin Quotidien Europe N° 13885
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INSTITUTIONNEL / Budget

CFP 2028-2024 - Nicolas Dufourcq préconise de taxer les géants du numérique américains

Le Directeur général de la Banque publique d'investissement (BPI) française, Nicolas Dufourcq, a fait une intervention remarquée, mercredi 10 juin à Bruxelles, lors d'un événement organisé par l’Association européenne des investisseurs de long terme (European Long-Term Investors Association ou ‘ELTI’). Invité à donner son avis sur le contenu du cadre financier pluriannuel (CFP) post-2027, le Français a livré un commentaire plus général, et empreint d'inquiétude, quant à la situation budgétaire de l'UE. Selon lui, une taxation sur les entreprises du numérique américaines fait partie de la solution.

« Je pense que le budget européen, dans les temps difficiles que nous traversons, doit montrer que les institutions européennes ont compris que le monde a complètement changé. Donc, si vous donnez l’impression de faire à peu près le même budget que par le passé, avec en plus 170 milliards pour rembourser la dette, politiquement cela ne fonctionnera pas », a-t-il prévenu d'emblée. 

Aux yeux de M. Dufourcq, le poids des 'États providence' des pays de l'UE, exacerbé par le vieillissement de leurs populations, est « littéralement en train de nous dévorer vivants en ce qui concerne nos marges de manœuvre pour financer les politiques publiques en Europe. C’est particulièrement vrai pour la France (...) ».

Face à ce phénomène, « nous ne pouvons pas être dans le déni, prétendre que nous sommes dans les années 1990 (...) », a encore alerté celui qui dirige la BPI depuis 2013. « Si nous voulons être capables de mobiliser des ressources face à la Chine et face aux Américains, nous devons réaliser des économies. L’Europe ne peut pas simplement, par exemple, demander à la France 10 milliards de plus que sa contribution précédente. Mais d’où cela viendrait-il ? (...) De la dette ? Cela ne tient pas », a-t-il jugé, évoquant l'endettement français record. 

Selon Nicolas Dufourcq, une partie de la solution devra venir d'une ponction fiscale, en Europe, des activités du numérique, la « base taxable des temps modernes », « que nous ne contrôlons pas » - les géants du secteurs, comme Google ou Microsoft, étant des firmes américaines. Sur ce sujet, « confronter » Washington sera dès lors « inévitable », a estimé cet ancien de l'entreprise Capgemini.

Si le Parlement européen ou la France poussent notamment pour une telle taxation du secteur à l'échelle européenne, la Commission européenne et plusieurs États membres craignent avant tout de fâcher le président américain. (Clément Solal)

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