Des mesures provisoires ont été adoptées, mardi 9 juin, par la Commission européenne demandant à l’entreprise Meta, dans un délai de cinq jours, de rétablir le libre accès à WhatsApp pour les assistants IA concurrents, a annoncé la commissaire européenne à la Concurrence, Teresa Ribera.
La Commission avait menacé l'entreprise américaine de telles mesures en avril dernier (EUROPE 13849/7).
Jusqu'en janvier 2026, Meta autorisait les assistants IA à interagir avec les utilisateurs de WhatsApp, à l'instar de ses principaux partenaires commerciaux, tels que les agences de voyages en ligne. Les utilisateurs pouvaient ainsi interagir avec l'assistant IA de leur choix sur WhatsApp.
Or, « depuis le 15 janvier, seul l'assistant de Meta, Meta AI, reste accessible sur la plateforme. La Commission a ouvert une enquête pour abus de position dominante et, suite à notre déclaration d'objection, le 6 mars, dans le cadre de la procédure de mesures provisoires, Meta a annoncé qu'elle pouvait à nouveau autoriser les concurrents à accéder à WhatsApp. Mais cet accès pourrait être payant ».
Les frais sont « si élevés qu'en pratique, ils ne sont pas économiquement viables pour les concurrents. De ce fait, l'accès à WhatsApp reste bloqué pour tous les assistants IA, à l'exception de l'assistant de Meta », a ajouté la commissaire, soulignant que Meta n'a fourni aucune justification convaincante pour ces changements de politique. Les mesures transitoires obligent donc Meta à revenir à la situation initiale, le temps que se poursuive l’enquête de la Commission.
« Il semble que Meta compte tirer profit de la vaste portée et de la position dominante probable de WhatsApp pour favoriser son propre assistant IA et éliminer ses concurrents. Le moment est critique. Le marché de l'IA se développe à une vitesse exceptionnelle et l'assistance par IA devrait devenir un moyen important pour les consommateurs européens d'accéder à l'IA et de l'utiliser », a encore justifié la commissaire.
L’UE compte environ 6 700 start-up spécialisées dans l'IA en Europe. « Nous sommes un continent innovant et nous voulons miser sur cette économie numérique. Nous espérons que nombre d'entre elles saisiront l'occasion de bénéficier de ces mesures transitoires et de proposer leurs solutions innovantes à vos citoyens. Et ce que nous ne voulons pas, c'est qu'ils n'aient même pas la possibilité d'essayer ».
La décision conclut que des mesures provisoires sont justifiées afin d'éviter un préjudice grave et irréparable à la concurrence sur le marché en pleine expansion des assistants IA généralistes, selon un communiqué. Cette conclusion repose, entre autres, sur le fait que, depuis au moins janvier 2023, Meta occupe, de prime abord, une position dominante sur le marché des applications de communication grand public dans l’EEE, grâce à WhatsApp. L'entreprise Meta a annoncé faire appel.
Apple. Par ailleurs, la Commission européenne a rejeté, mardi 9 juin, les accusations de l’entreprise Apple, qui, la veille, s'était dite obligée de repousser le lancement prévu cet automne dans l'UE de son futur assistant Siri AI, en raison du Digital market Act (DMA) et d'une application intransigeante de la règlementation européenne.
Le groupe américain a invoqué un conflit avec la Commission européenne autour de ce règlement, qui oblige à rendre certains produits ou services interopérables pour favoriser la concurrence.
Selon l’AFP, Apple a assuré avoir proposé à la Commission une solution pour permettre à des assistants d'éditeurs tiers d'utiliser les mêmes fonctions que Siri AI, sur iPhone et iPad, ce qui permettrait, selon elle, de respecter le DMA tout en préservant la sécurité de son système, mais sa proposition aurait été rejetée par la Commission.
« Premièrement, la décision de ne pas déployer Siri dans l'UE appartient exclusivement à Apple. En effet, rien dans le DMA n'interdit à Apple de lancer de nouveaux produits dans l'UE. Cependant, Apple n'est pas autorisé à fermer le marché, comme tout autre acteur du secteur », a réagi Thomas Regnier, porte-parole de la Commission, mardi 9 juin.
« Il ne leur appartient pas de décider qui peut innover en Europe ni de choisir les outils d'IA que les citoyens européens peuvent utiliser. C'est précisément là qu'interviennent le DMA et son obligation d'interopérabilité », a ajouté le porte-parole. « Car, si nous voulons innover et proposer des solutions innovantes et un plus large choix à nos utilisateurs, nous avons besoin d'une concurrence loyale et ouverte entre les développeurs ».
La Commission a eu plusieurs contacts avec Apple à ce sujet. « Mais Apple s'est tout simplement avérée incapable de développer des solutions d'interopérabilité conformes aux normes essentielles de l'UE en matière de confidentialité et de sécurité. Et a simplement demandé à la Commission européenne d'être exemptée de ses obligations d'interopérabilité au titre du DMA pour au moins 18 mois ». (Solenn Paulic)