Dans son état des lieux annuel, publié mardi 9 juin, l'Agence de l'Union européenne sur les drogues (EUDA) s’alarme de la complexification et de la dangerosité accrue du marché de la drogue en Europe en 2025.
Exposés à des substances toujours fortes et diversifiées, les consommateurs européens font face à des risques sanitaires inédits, particulièrement aggravés par la polyconsommation. L’Agence surveille désormais 1 050 nouvelles substances psychoactives (NSP), cinquante d'entre elles ayant été détectées pour la première fois sur le continent l'année passée.
Les opioïdes synthétiques - souvent mélangés avec d'autres drogues, ce qui complique les secours - demeurent la première cause de mortalité, avec au moins 7 600 décès par surdose recensés en 2024.
L’EUDA s'inquiète particulièrement de la prolifération de médicaments contrefaits contenant des nitazènes, molécules synthétiques imitant de vrais traitements comme les analgésiques ou les anxiolytiques. Les saisies de ces comprimés ont explosé, passant de seulement 380 en 2022 à plus de 50 000 en 2024. Elles touchent un public jeune et sans tolérance à ces produits.
Parallèlement, le marché traditionnel de l’héroïne résiste grâce à des stocks massifs d'opium originaires d'Afghanistan, évalués à 12 000 tonnes en 2025, tandis que de nouvelles zones de culture, comme le Pakistan (9 000 hectares) et la Birmanie (45 000 hectares), s'imposent.
Le cannabis reste la substance la plus consommée, touchant 24,9 millions d’adultes en Europe. L’EUDA pointe l’arrivée massive de stocks nord-américains, notamment via les ports de Rotterdam et d'Anvers, qui ont saisi chacun 21 tonnes en 2025. Or, ces produits sont parfois contaminés par des pesticides nocifs non réglementés dans leurs régions d'origine. De plus, l'essor des cannabinoïdes de synthèse, vendus sous forme de cigarettes électroniques ou de produits comestibles, fait peser un risque d'addiction précoce chez les adolescents.
Concernant la cocaïne, bien que les volumes saisis soient passés de 419 tonnes en 2023 à 330 tonnes en 2024, le nombre d'interceptions a progressé à 97 000 saisies. Selon l'agence, cela démontre que les narcotrafiquants fragmentent leurs cargaisons pour déjouer les contrôles portuaires, tout en diversifiant leurs méthodes (drones, semi-submersibles). La production se délocalise également au sein même de l'UE, avec 42 laboratoires clandestins démantelés en 2024.
Enfin, la kétamine s'impose particulièrement dans les milieux festifs : sa consommation a ainsi progressé dans 40 métropoles européennes, entraînant un quadruplement des admissions en soins spécialisés par rapport à 2019.
Consulter le rapport complet : https://aeur.eu/f/m8h (Justine Manaud)