L’année 2025 a marqué un tournant structurel majeur pour l’architecture migratoire de l’Union européenne et de ses partenaires (UE+), signale l'Agence de l’UE pour l’asile (EUAA) dans son rapport annuel, publié mardi 9 juin.
Le rapport fait état d'un net recul des demandes d’asile, qui s’établissent à 822 000 dossiers, soit le niveau le plus bas constaté depuis 2021 (EUROPE 13820/6). Un fléchissement principalement lié à la baisse des flux de ressortissants syriens (42 000 demandes), bien qu'il soit compensé en partie par une hausse des dossiers afghans et vénézuéliens, tandis que 4,5 millions de déplacés ukrainiens bénéficient toujours de la protection temporaire (EUROPE 13881/1).
L'Agence relève une transformation de la nature même des demandes, caractérisée par une explosion de 39% des demandes réitérées, qui représentent désormais un niveau record de 15% du total des dossiers. Elle attribue ce phénomène à l'impact jurisprudentiel des politiques européennes, notamment après l'arrêt de la Cour de justice de l'UE confirmant que le genre et la nationalité des femmes afghanes suffisent à les exposer à des persécutions.
Derrière ces indicateurs, l'EUAA met en évidence une phase de mutation réglementaire et administrative profonde, dictée par la préparation intensive du 'Pacte sur la migration et l'asile' avant son entrée en vigueur, prévue vendredi.
L'impact de ces politiques s'est d'abord traduit par une réorientation stratégique des priorités budgétaires à l'échelle de l'UE : la Commission européenne a ainsi triplé les financements alloués à la gestion des frontières dans sa proposition de cadre financier pluriannuel pour 2028-2034.
Les ressources ont été massivement redirigées vers la mise en conformité des systèmes nationaux et l'adaptation des infrastructures d'accueil. Ainsi, en 2025, les pays de l'UE+ ont « alloué des ressources pour ajuster les conditions d'accueil et garantir une capacité adéquate à la lumière de l'application imminente des procédures aux frontières et du filtrage », explique le rapport.
En outre, l'accent sécuritaire a suscité de sérieuses inquiétudes parmi les organisations de défense des droits humains quant à l'accès réel au territoire et aux procédures d'asile, rappelle l'Agence. La mise en œuvre concrète d'accords externalisés, à l'instar du protocole Italie-Albanie, avait ainsi provoqué d'importantes contestations judiciaires devant la Cour de justice de l'UE, les juridictions nationales ayant par exemple annulé des rétentions de demandeurs en s'appuyant sur la définition européenne des 'pays d'origine sûrs'.
Consulter le rapport complet : https://aeur.eu/f/m9f (Justine Manaud)