La Commission européenne s'apprête à présenter, mercredi 6 mai, la toute première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, qui visera à concrétiser la promesse de sa présidente, Ursula von der Leyen, qui s'était prononcée pour l'éradication de ce phénomène à l'horizon 2050 lors de son discours sur l'état de l'Union européenne, en septembre 2025 (EUROPE 13706/9).
Selon une version provisoire consultée par Agence Europe, cette stratégie adopte pour approche le cycle de vie - l'enfance, l'âge adulte actif et la vieillesse - pour détailler les initiatives et les mesures avancées par la Commission pour combattre l'exclusion économique et sociale, qui touche, dans l'UE, environ 93 millions de personnes (soit 20% de la population de l'UE), y compris 19 millions d'enfants. Sur cette population, près d'un million de personnes sont sans-abri, un chiffre qui, selon les ONG, aurait doublé lors de la dernière décennie.
Sur les mesures listées, peu sont réellement novatrices, dans la mesure où elles font parfois partie d'un programme de travail sur la réduction de la pauvreté, déjà lancé ou à venir. La Commission s'engage aussi à orienter certains travaux en cours pour atteindre l'objectif recherché.
Concernant la lutte contre la pauvreté à l'âge adulte, elle rappelle qu'elle présentera, d'ici fin 2026, un acte sur les emplois de qualité dans une économie en constante évolution (EUROPE 13824/8). Concernant les risques de pauvreté à la vieillesse, sera présenté en 2027 un 'Pacte européen pour les soins de santé' ('European Care Deal'), qui s'efforcera d'améliorer l'accès aux soins alors que la demande augmente constamment.
De façon plus transversale, l'institution de l'UE rappelle les travaux initiés dans le cadre du plan européen pour le logement abordable présenté fin 2025 (EUROPE 13774/23). L'accès aux services publics sociaux est également évoqué et fera l'objet d'un projet de recommandation visant à faciliter la coopération entre ces services et à réduire les complexités administratives. Et, afin d'impliquer davantage le secteur privé dans la lutte contre la pauvreté, l'idée est avancée de mettre sur pied une plateforme européenne regroupant des entreprises socialement responsables et des organisations philanthropiques.
Par ailleurs, alors que 22 États ont adopté des stratégies nationales de lutte contre la pauvreté, la Commission devrait inviter les vingt-sept pays de l'UE à nommer des coordinateurs nationaux aux fonctions dédiées.
Toutefois, de l'avis d'experts consultés, l'ambition de la Commission est freinée par le manque de moyens budgétaires disponibles au niveau européen. Dans sa proposition de budget de l'UE pour 2028-2034, l'institution ne sanctuarise pas de moyens financiers pour le FSE+, contrairement à la position du Parlement européen.
Exclusion liée au logement. Outre cette stratégie européenne, la Commission va soumettre aux États membres une proposition renforçant la 'Garantie Enfant' ainsi qu'un projet de recommandation du Conseil de l'UE sur l'exclusion liée au logement, en réponse à la requête de vingt-six États membres d'agir contre le sans-abrisme, formulée fin 2025 (EUROPE 13763/4).
Selon une version provisoire consultée par Agence Europe, le texte adressera aux États membres des recommandations horizontales, invitant ceux-ci à réviser ou à adopter des cadres nationaux de lutte contre l’exclusion en matière de logement grâce à des politiques centrées sur la personne, en identifiant les populations en situation de précarité de logement et en offrant des solutions à la fois préventives et d'urgence.
De l'avis d'experts, cette recommandation aurait le mérite d'officialiser le sans-abrisme comme thématique importante au niveau européen, à condition que les orientations fixées fassent l'objet d'un suivi par la Commission.
« Une stratégie européenne de lutte contre la pauvreté digne de ce nom doit s’attaquer aux formes les plus urgentes de pauvreté, telles que le sans-abrisme. La proposition de la Commission européenne, en particulier celle relative à une recommandation du Conseil sur l’exclusion liée au logement, comporte suffisamment de leviers pour avoir un impact réel sur la vie de plus d’un million de personnes en situation de sans-abrisme chaque jour sur le territoire de l’UE », a déclaré Freek Spinnewijn au nom de la 'Fédération européenne des Associations nationales travaillant avec les sans-abri' (FEANTSA), se disant prêt à coopérer avec la Commission pour « transformer les paroles en actes ». (Mathieu Bion)