Les ministres européens de la Pêche ont entamé, mardi 5 mai à Nicosie, lors de leur réunion informelle, un processus devant conduire à une modification des règles de 2013 de la politique commune de la pêche (PCP), après la présentation de l’évaluation de cette politique réalisée par la Commission européenne (EUROPE 13861/10).
« Nous reviendrons sur ce sujet lors du Conseil 'Pêche' (du 22 juin), où, sur la base d’un examen plus approfondi de l’évaluation, nous chercherons à fournir l’orientation politique nécessaire sur la manière de progresser afin de façonner une PCP plus efficace, plus réaliste et plus proche des besoins du secteur européen de la pêche et de nos communautés côtières », a déclaré la ministre chypriote, Maria Panayiotou, hôte de la réunion.
À la lumière de l’évaluation réalisée par la Commission, un certain nombre de questions récurrentes qui préoccupent fortement le secteur de la pêche ont été réaffirmées par les ministres européens, telles que « la nécessité de simplification, la réduction de la charge administrative, une meilleure application des règles, le renforcement de la compétitivité et le maintien d’un équilibre entre les dimensions environnementale, économique et sociale de la PCP », a poursuivi Maria Panayiotou.
Parallèlement, il a été reconnu par les ministres que l’évaluation confirme l’importance de la PCP en tant que cadre politique, tout en montrant que certains mécanismes fondamentaux de mise en œuvre n’ont pas pleinement produit les résultats attendus. Cela oriente le débat vers l’efficacité des outils et des règles dans la pratique, a ajouté la ministre.
Il est également essentiel, selon Mme Panayiotou, d’examiner comment les recommandations des experts peuvent contribuer à « remédier aux faiblesses et aux défis » auxquels le secteur est confronté aujourd’hui afin que la PCP demeure un outil moderne, efficace et résilient pour l’avenir. Dans ce contexte, les ministres ont souligné la nécessité d’avancer sans délai vers un processus structuré et clair pour « examiner les conclusions et définir la suite des actions », a dit aussi la ministre chypriote.
Un bilan mitigé, selon Costas Kadis. Le message principal de cette évaluation est « malheureusement mitigé », a indiqué, devant la presse, le commissaire européen à la Pêche, Costas Kadis.
La surpêche diminue et la proportion de stocks exploités à des niveaux durables est passée de 50% en 2014 à 63% en 2022. « Cela dit, nous aurions espéré davantage : nous n’avons pas atteint l’objectif de reconstitution complète des stocks halieutiques », a regretté le commissaire. Il a rappelé les « défis majeurs » auxquels le secteur de la pêche est confronté dans l’UE : « Nous avons une flotte vieillissante, des coûts énergétiques élevés et des charges d’exploitation en hausse. Le renouvellement des générations est urgent, tandis que la petite pêche nécessite un soutien ciblé ».
Ces enjeux ont été soulignés tant par l’évaluation de la PCP que par les interventions des ministres : « La rentabilité reste inférieure aux attentes et, combinée aux contraintes de financement, elle freine la modernisation et la compétitivité de la flotte. Il existe également un besoin de simplification du cadre réglementaire et de renforcement de la gouvernance économique », a indiqué le commissaire européen.
Il a ajouté que la discussion se poursuivra de manière plus structurée lors du Conseil des ministres européens de la Pêche de juin. « Des consultations auront également lieu avec les représentants du secteur, les organisations non gouvernementales ainsi que toutes les parties prenantes afin de prendre les bonnes décisions pour l’avenir de la politique commune de la pêche », a conclu M. Kadis.
L'Espagne souhaite des aides pour renouveler la flotte. Le ministre espagnol, Luis Planas, a réclamé un financement européen accru afin de renouveler la flotte de pêche et de construire les navires de pêche du XXIe siècle, a-t-il déclaré à son arrivée à la réunion informelle, à Nicosie.
Il a contesté le diagnostic de la Commission concernant les lacunes constatées, estimant qu’elles ne s’expliquent pas seulement par des problèmes de mise en œuvre des règles, mais aussi par un contexte différent de celui d’il y a dix ans. « Cette Europe et ce monde ne sont plus ceux d’il y a dix ans », a-t-il ajouté, en référence aux règles de la PCP qui datent de 2013.
Dans ce sens, M. Planas a insisté sur la nécessité d’intégrer la pêche dans la sécurité alimentaire et de renforcer la durabilité économique du secteur, ainsi que de relever les défis liés à la reconversion de la flotte afin de la rendre « plus sûre pour ce qui concerne le travail » et de favoriser l’intégration des jeunes. Par ailleurs, il a insisté sur la nécessité de simplifier la réglementation communautaire et a rappelé que la réforme du règlement sur les eaux profondes de la Méditerranée occidentale restait en suspens.
Soutien à la décarbonation. Catherine Chabaud, ministre française déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, a rappelé que la France espère que la Commission validera au plus vite l’aide nationale au carburant - de 20 centimes pour le mois d’avril et de 35 centimes pour le mois de mai - « de manière à ce que les pêcheurs puissent faire leur demande de remboursement au plus tard le 1er juin ». Par ailleurs, elle a estimé qu’il fallait faire évoluer les règles européennes en matière d’aides afin de décarboner les flottes. La France demande de pouvoir soutenir le secteur au moins par deux mesures : l’instauration d’une « jauge décarbonation » (pour transformer les navires) et un soutien financier, notamment grâce à la possibilité d’accorder des aides d’État afin de moderniser la flotte.
La ministre finlandaise, Sari Essayah, a souligné qu'il était important « d’examiner comment nous allons gérer la transition énergétique de la flotte de pêche. Ce sont les défis qui nous attendent ». (Lionel Changeur)