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Bulletin Quotidien Europe N° 13862
GUERRE AU MOYEN-ORIENT / Agriculture

La Commission européenne prévoit une stratégie en deux temps sur les engrais

Une version provisoire du plan d’action sur les engrais de la Commission européenne, datée du 27 avril et obtenue par Agence Europe, révèle une stratégie en deux temps pour faire face à la crise : des mesures d’urgence pour 2026 et une réforme visant à réduire la dépendance à l'égard des importations et à accélérer la transition verte.

La Commission devrait adopter ce plan d’action le 19 mai (EUROPE 13857/2).

Depuis le début de l’année 2026, les agriculteurs européens subissent une nouvelle vague de hausses des prix des engrais. Selon les données de la Commission en avril 2026, les engrais azotés coûtaient 70% de plus que leur moyenne de 2024, après une hausse de 40% entre février et avril.

La crise au Moyen-Orient a perturbé les approvisionnements mondiaux, cette région assurant 20 à 30% des exportations d’ammoniac et d’urée.

Le projet de plan d’action décrit une industrie européenne en difficulté.

La capacité de production d’ammoniac a diminué de 10% ces dernières années, face à une concurrence internationale (États-Unis, Trinité-et-Tobago, Russie).

La Commission propose une stratégie visant à améliorer l’accessibilité et le caractère abordable des engrais à court terme, à renforcer l’autonomie stratégique et la résilience grâce à la production domestique et la décarbonation, et à améliorer la transparence et le dialogue.

Mesures d’urgence. La Commission évoque un soutien financier aux agriculteurs grâce à la mobilisation des fonds de la politique agricole commune (PAC) : avances de paiements et transferts entre les piliers I (aides directes) et II (développement rural), éco-régimes pour améliorer l’efficacité de la fertilisation, et financement accru des investissements dans l’agriculture de précision (capteurs, drones). Le projet fait référence au cadre temporaire d’aides d’État destiné à soutenir les agriculteurs touchés par la crise au Moyen-Orient.

Mesures commerciales. La Commission évoque la suspension des droits de douane. Depuis le 20 février 2026, une exemption d’un an est prévue sur les droits du tarif douanier commun pour l’ammoniac, l’urée et d’autres engrais azotés (hors Russie et Biélorussie), avec une économie estimée à 60 millions d’euros.

S’agissant du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), la Commission rappelle le 'mark-up' réduit à 1% pour les engrais (contre 10 à 30% pour les autres produits en 2026-2028) et évoque une révision des valeurs par défaut prévue d’ici décembre 2027.

Diversification des approvisionnements. La Commission évoque la création de corridors d’ammoniac vert entre l’UE, l’Afrique et le Moyen-Orient (Global Gateway et Team Europe) ainsi que l’évaluation de dispositifs de stockage stratégique pour les engrais essentiels.

Transparence et coopération. Un protocole d’entente (Memorandum of understanding) pourrait être adopté d’ici le troisième trimestre 2026, engageant producteurs, agriculteurs et autres acteurs à garantir la disponibilité et l’accessibilité des engrais tout en décarbonant l’industrie. La Commission suggère également une possible activation de l’IMERA (Internal Market Emergency and Resilience Act) en mode vigilance ou urgence, avec désignation des engrais comme « biens critiques », permettant une surveillance renforcée et des achats groupés.

Biogaz et digestats. La Commission envisage : - un soutien aux projets de biogaz et biométhane grâce à la Facilité pour la reprise et la résilience (Recovery and Resilience Facility) et la politique de cohésion pour réduire la dépendance à l'égard des engrais minéraux et créer des revenus complémentaires pour les agriculteurs ; - la valorisation des digestats (engrais organiques issus du biogaz) comme alternative aux engrais minéraux.

Mesures structurelles (2026-2034). La Commission propose de renforcer la production domestique et la résilience. S'agissant de la décarbonation de l’industrie, elle met en avant :

- l’ammoniac vert, soutenu par le Fonds pour l’innovation, la Banque de l’hydrogène et la future Banque de décarbonation industrielle ;

- les engrais biosourcés, avec la définition d’un cadre réglementaire grâce au futur Biotech Act pour les reconnaître comme substituts aux engrais fossiles.

La Commission prévoit également une révision du règlement 2019/1009 sur les fertilisants pour harmoniser les règles relatives aux engrais bas carbone et biosourcés et une réduction des limites de cadmium dans les engrais phosphatés.

Transition agricole. Un soutien financier aux agriculteurs est envisagé grâce à une redistribution des recettes du système d’échange de quotas d’émission (ETS) afin de financer la transition vers des engrais biosourcés et bas carbone. 

La Commission prévoit aussi une meilleure gestion des nutriments (transfert entre régions excédentaires et déficitaires), un soutien accru à l’agriculture de précision dans la future PAC 2028-2034 (satellites, drones, capteurs) et la promotion des cultures fixatrices d’azote.

Transparence et suivi. L’observatoire européen du marché des engrais serait renforcé grâce à une collecte systématique de données (prix, stocks, production).

La Commission prévoit également la poursuite du dialogue de haut niveau entre industriels, agriculteurs et décideurs politiques, avec des réunions trimestrielles.

Enfin, une évaluation de l’impact du CBAM et de l’ETS sur les prix agricoles est envisagée au quatrième trimestre 2026. (Lionel Changeur)

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