Alors que les ONG environnementales demandent avant tout une meilleure application des règles adoptées en 2013, les organisations professionnelles de la pêche souhaitent que la Commission européenne engage une réforme de la politique commune de la pêche (PCP), à la suite de la publication du rapport d’évaluation du règlement relatif à cette politique, jeudi 30 avril (EUROPE 13860/14).
Les ministres européens de la Pêche auront un débat mardi 5 mai dans la capitale chypriote sur l'évaluation par la Commission de la PCP, après une présentation du commissaire à la Pêche, Costas Kadis.
L’application pleine et entière des règles européennes est indispensable pour renforcer la compétitivité du secteur, sa résilience et la sécurité alimentaire de l’Union, a estimé l’ONG Oceana.
Selon Oceana, la PCP réformée en 2013 « reste adaptée à ses objectifs » et capable de répondre aux priorités européennes, mais son impact est freiné par des lacunes dans sa mise en œuvre. « Le cadre est le bon, mais son application a été inégale et trop lente », a déclaré Vera Coelho, directrice exécutive d’Oceana en Europe, appelant l’Union européenne à faire respecter les règles existantes plutôt qu’à les réécrire.
Dans l’Atlantique du Nord-Est, la part des stocks exploités de manière durable est passée de 54 à 69%. En Méditerranée et en mer Noire, cette proportion a progressé de 26 à 53%, même si des efforts supplémentaires restent nécessaires. Sur le plan économique, le secteur européen de la pêche a vu sa rentabilité s’améliorer après la réforme, et ce malgré des chocs majeurs.
L’ONG souligne toutefois des failles persistantes, notamment dans la lutte contre la surpêche, l’adéquation entre capacités de flotte et ressources disponibles ainsi que dans la protection du milieu marin. La majorité des aires marines protégées de l’UE resteraient des « parcs de papier », où des pratiques destructrices, comme le chalutage de fond, se poursuivent, en contradiction avec l’objectif européen de protéger 30% des océans d’ici 2030.
Oceana plaide également pour une information obligatoire sur l’origine et les conditions de capture de tous les produits de la mer, y compris ceux servis en restauration, afin de lutter contre la pêche illégale et les pratiques non durables.
À l’inverse, l’organisation professionnelle Europêche appelle à une révision ciblée de la PCP, estimant que le cadre actuel n’a pas permis d’assurer la viabilité économique et sociale du secteur, malgré les efforts environnementaux importants consentis par les pêcheurs européens. Europêche s’est dite « déçue » par un rapport qui, selon elle, dresse un constat incomplet d’un secteur « en déclin rapide » et n’apporte pas de solutions concrètes. L’organisation reproche à la Commission de mettre principalement en avant des facteurs externes - changement climatique, tensions géopolitiques ou volatilité des marchés - sans analyser suffisamment l’impact des choix réglementaires européens.
Selon Europêche, la flotte européenne a réduit son activité d’environ 50% dans les eaux de l’UE ces dernières années, sans que cela ne se traduise par l’augmentation attendue des quotas, des débarquements, de l’emploi ou de la rentabilité. L’évaluation reconnaît une baisse de la pression de pêche, mais fait également état d’une reprise lente des stocks, d’une dégradation des performances économiques et de difficultés structurelles persistantes.
Pour Javier Garat, président d’Europêche, la flotte européenne « perd du terrain, remplacée progressivement par des flottes étrangères et des importations, ce qui affaiblit l’autonomie stratégique de l’Europe ». Il appelle à une simplification urgente d’un cadre réglementaire jugé « complexe et lourd ».
L’organisation met en cause en particulier l’obligation de débarquement, accusée de créer des situations de « stocks bloquants », des fermetures anticipées de pêcheries et des coûts supplémentaires, sans gains significatifs en matière de sélectivité. Elle critique également les fermetures spatiales et certaines règles environnementales qui auraient réduit l’accès aux zones de pêche et accru les charges d’exploitation.
Europêche souligne néanmoins les progrès environnementaux réalisés par le secteur. Plus de 60 stocks atlantiques seraient aujourd’hui exploités au rendement maximal durable, contre cinq seulement en 2009. Selon la FAO, près de 76% des stocks évalués dans l’Atlantique Nord-Est sont biologiquement durables.
Face à ce constat, l’organisation appelle la Commission européenne, les États membres et le Parlement européen à engager rapidement une révision ciblée de la PCP, afin de rééquilibrer ses trois piliers - environnemental, économique et social -, d’adapter la gestion de la flotte, d’alléger la charge administrative et de garantir des conditions de concurrence équitables avec les pays tiers. (Lionel Changeur)