Les ministres européens de l’Agriculture ont insisté, lundi 4 mai, lors de leur réunion informelle à Nicosie, à Chypre, sur la nécessité de renforcer, dans le cadre de la politique agricole commune (PAC) post-2027, les outils de prévention des risques qui affectent le secteur agricole (EUROPE 13836/11 - sur le rapport de la Banque mondiale).
La ministre chypriote de l’Agriculture, Maria Panayiotou, a déclaré à la presse, après la réunion informelle, qu'il fallait renforcer la résilience de l’agriculture européenne face aux risques climatiques et économiques, dans un contexte de sécheresses prolongées en Méditerranée.
Elle a souligné que la Présidence chypriote du Conseil avait placé la gestion des risques au cœur des discussions afin de renforcer l’autonomie stratégique de l’UE en matière alimentaire et de nourrir la réflexion sur la politique agricole commune (PAC) post-2027. Selon elle, la prévention doit devenir un « pilier central de la politique agricole », avec plus de moyens dédiés aux outils d’anticipation et d’intervention précoce, plutôt que de se limiter à une gestion uniquement réactive des crises.
La présidente en exercice du Conseil a plaidé pour une approche européenne plus large que la seule PAC, incluant des instruments tels qu’un mécanisme de réassurance en cas de catastrophes naturelles et des systèmes d’alerte et de prévention renforcés.
« Nous devons renforcer l’utilisation des outils de gestion des risques et adopter une réponse stratégique intégrée, au niveau de l’UE comme des États membres », a déclaré le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen.
Les mesures de crise, dont la réserve agricole, doivent compléter et non remplacer les stratégies de gestion des risques, les ressources financières étant limitées, selon le commissaire.
L’agriculture est par nature une activité très exposée aux aléas, ce qui justifie le soutien public. Mais la politique agricole commune ne se limite pas à sécuriser les revenus des agriculteurs : elle peut aussi financer des investissements et des mesures agroenvironnementales et climatiques pour renforcer la résilience des exploitations. Cela peut inclure de nouvelles infrastructures d’irrigation, l’agriculture de précision ou encore la recherche sur des cultures plus résistantes au changement climatique, a précisé la Commission.
Dans la future PAC, « nous attendons de chaque État membre qu’il présente une stratégie spécifique de gestion des risques », a indiqué M. Hansen. Les risques doivent ainsi être intégrés en amont dans les décisions agricoles et mieux anticipés.
Luis Planas, le ministre espagnol, a évoqué le besoin de « distinguer ce qui relève des crises de marché et ce qui relève des crises climatiques ». Il faut « renforcer les systèmes d’assurance agricole pour les agriculteurs et les éleveurs au niveau européen, c’est-à-dire mettre en place une forme de réassurance européenne pour les pics de risque ».
La Française Annie Genevard a souligné la nécessité de mieux répondre aux événements climatiques extrêmes, mais aussi de les prévenir. Elle a cité l’exemple français de la réforme du système d’assurance agricole. « Nous devons aller au-delà et travailler activement à la prévention pour une meilleure résistance face à ces événements climatiques », a-t-elle dit. Elle a appelé au développement d’outils permettant à la fois de mieux répondre aux aléas et d’investir dans des solutions d’anticipation (stockage de l’eau). (Lionel Changeur)