En dépit des nouvelles menaces du président américain, Donald Trump, de taxer les véhicules européens à hauteur de 25% à compter du 11 mai, les Européens entendent poursuivre la mise en œuvre des engagements pris avec les États-Unis à Turnberry en juillet 2025.
Selon les termes de ce compromis politique - qui n'est pas un accord de libre-échange -, les taxes sur les importations européennes devront être limitées à 15% en contrepartie d'une baisse de droits de douane européens sur un certain nombre de produits américains (EUROPE 13697/4). Cependant, depuis l'été dernier, les États-Unis ont fragilisé le compromis trouvé en Écosse (EUROPE 13837/4).
Les États membres veulent maintenir l'accord en l'état. En marge d'une réunion de l'Eurogroupe, lundi 4 mai, plusieurs capitales ont exprimé leurs inquiétudes, mais la plupart souhaitent maintenir les termes de l'accord tel qu'il a été conclu. « Notre voie est claire : nous ne voulons aucune escalade. Nous voulons trouver un chemin commun avec les Américains », a déclaré le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil.
Une approche partagée par son homologue polonais, Andrzej Dománski : « Les droits de douane nuisent aux entreprises et [...] aux ménages, car ce sont les consommateurs qui en supportent le coût. Nous avons négocié un accord avec les États-Unis et il devrait être adopté rapidement. Il est dans l'intérêt tant de l'UE que des États-Unis de maintenir les droits de douane au niveau le plus bas possible ».
Les eurodéputés réclament des garde-fous. Alors que de nouvelles négociations interinstitutionnelles (trilogue) s'engagent sur ce texte, mercredi 6 mai, plusieurs députés européens réclament l'application de la 'sunrise clause', selon laquelle l'accord entrerait en vigueur du côté européen dès lors que les États-Unis auront respecté leurs engagements.
Selon Bernd Lange (S&D, allemand), président de la commission du commerce international du Parlement européen, ces nouvelles menaces « montrent [...] combien le filet de sécurité réclamé par le Parlement européen est tout à fait justifié. La confiance, c'est bien, mais seules des règles claires permettent de lutter contre l'arbitraire », a-t-il déclaré dans un communiqué paru samedi 2 mai.
L'élu allemand plaide aussi pour une utilisation des outils de défense commerciale de l'UE, notamment l'instrument dit 'anti-coercition'. Il est rejoint sur ce point par Brando Benifei (S&D, italien), président de la délégation pour les relations avec les États-Unis. Vendredi 1er mai, celui-ci a exhorté la Commission européenne, sur le réseau social X, à « mettre en œuvre [immédiatement] l'instrument anti-coercition, afin de permettre enfin à l'Union européenne de mettre un terme à cette escalade ».
Cet outil de défense commerciale, adopté en 2023, n'a jamais été utilisé jusqu'à présent.
La Commission européenne exclut toute action immédiate. L'Union a été confrontée de nombreuses fois à ce type de menaces, a tenu à rappeler Thomas Régnier, porte-parole à la Commission européenne, lundi 4 mai. L'institution de l'UE souhaite poursuivre les discussions avec le Parlement européen et les États membres et se concentre sur l'application de l'accord.
« L'Union est le partenaire le plus fiable au monde. Lorsque vous signez un accord avec l'UE, vous savez exactement ce que vous obtiendrez. C'est pourquoi, depuis le premier jour, nous mettons en œuvre la déclaration commune et sommes pleinement déterminés à respecter nos engagements communs », a commenté M. Régnier.
Interrogée sur le mécanisme 'anti-coercition', la Commission européenne a rappelé que toutes les options restaient sur la table.
La Présidence chypriote du Conseil de l'UE, de son côté, maintient le cap des discussions selon le calendrier prévu. Mercredi soir, le trilogue ne devrait toutefois pas être conclusif. (Juliette Verdes)