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Bulletin Quotidien Europe N° 13824
SOCIAL / Emploi

Emplois de qualité - les États membres partagés sur la nécessité d'une nouvelle initiative encadrant l'intelligence artificielle au travail

Les États membres se sont montrés partagés, lundi 9 mars, sur la nécessité d’une nouvelle initiative de l'UE encadrant l’intelligence artificielle (IA) au travail, lors d'un débat convoqué par la Présidence chypriote du Conseil de l’UE sur la façon dont l’IA peut aider à améliorer la qualité de l’emploi et les droits des travailleurs.

Les ministres et représentants de ministres des Affaires sociales et de l’Emploi des Vingt-sept étaient invités à fournir des réflexions sur les modalités du processus budgétaire 'Semestre européen' et la façon dont il peut mieux soutenir les réformes « qui réduisent les frictions sur le marché du travail et améliorent l'adéquation entre l'offre et la demande, dans le contexte de transformations induites par l'IA ».

Alors que la Présidence chypriote insiste sur le fait que l’IA ne peut être qu’un outil au service des employeurs pour améliorer le bien-être des employés et ainsi permettre d’accroître la productivité, elle avait confié une étude à un chercheur pour appuyer son propos.

Sans surprise, l’étude de Christopher Pissarides a confirmé que l’élément de satisfaction personnelle est important pour définir la qualité du travail. Il est aussi important d’associer les employés et travailleurs à toutes les discussions sur l’usage de l’IA et de fournir des formations.

Des enseignements que la vice-présidente de la Commission européenne, Roxana Mînzatu, a repris à son compte alors que l’IA s’apparente à un « tsunami » sur le marché du travail, provoquant aussi de la fatigue cognitive, mais renforçant par ailleurs le sentiment d’une surveillance renforcée parmi les travailleurs.

La vice-présidente, qui présentera d’ici fin 2026 un acte législatif sur les emplois de qualité, a ainsi promis de trouver le « bon équilibre » dans toute future initiative, en soutenant la gestion algorithmique du travail tout en renforçant la confiance dans l’outil.

Si plusieurs ministres ont approuvé cette direction, comme l’Autrichienne Korinna Schumann, qui s’est félicitée d’un encadrement européen à venir, ou le représentant des Pays-Bas, qui a aussi vanté la pratique avancée de dialogue social dans le pays pour gérer les questions d’IA au travail, la Belgique, la Suède ou encore l’Estonie se sont clairement prononcées contre toute nouvelle initiative qui ne serait pas justifiée solidement et irait à l’encontre des exercices de simplification réglementaire.

Le ministre belge, David Clarinval, a ainsi dit sa préférence pour le cadre international actuel de l’OIT (Organisation internationale du travail) « plutôt qu’une multiplication de législations européennes ».

Pour la Suède, il faut se concentrer davantage sur les règles existantes. « Toute nouvelle législation devra avoir une valeur ajoutée très claire » et faire l’objet d’une analyse d’impact. Une nouvelle initiative devra aussi être suffisamment souple pour convenir aux différents systèmes nationaux.

Pour l’Estonie, la Commission devrait d’abord faire l’analyse de la directive sur le travail en plateforme et son effet avant de proposer de nouvelles choses.

Le secrétaire d’État allemand, Michael Schäfer, a rappelé que le règlement actuel sur l’IA a déjà posé des cadres, notamment avec des clauses sur l’emploi.

Il a aussi rappelé, lundi, l’initiative lancée il y a quelques jours avec Rome d’un réseau d’analyse de l’impact de l’IA sur le marché du travail, déjà évoqué par la France en 2025 lors d’un grand Sommet international sur l’IA.

Les représentants du gouvernement italien, de la Commission, des gouvernements français et allemand, mais aussi du PE, se sont en effet réunis le 3 mars « sur les transformations induites par l'intelligence artificielle au travail ainsi que les outils de gouvernance nécessaires pour garantir le développement, la protection et l'inclusion des personnes ».

Lundi 9 mars, les ministres ont également souligné le rôle utile de l’IA pour aider la recherche d’emplois et l’appariement avec les recherches de compétences ainsi que pour réorienter les travailleurs vers des requalifications.

La ministre espagnole, Yolanda Diaz, a souligné par exemple le grand atout que représente l’IA pour les services de l’emploi et pour aider « les travailleurs à avoir moins de tâches répétitives », ce qui augmentera la productivité tout en travaillant moins, ainsi que le bien-être.

L’IA doit renforcer l’emploi. « L’Europe doit veiller à ce que l’intelligence artificielle renforce l’emploi, la productivité et les services publics, au lieu de fragiliser les travailleurs et le modèle social européen », ont aussi déclaré le 9 mars les représentants des syndicats européens, lors du dialogue macroéconomique convoqué le même jour par la Présidence chypriote.

La Confédération européenne des syndicats veut aussi « une législation, dans le cadre de la loi sur la qualité de l’emploi, qui garantisse que l’IA soit introduite sur les lieux de travail dans le respect des droits des travailleurs et selon le principe du contrôle humain ».

Par ailleurs, toujours le 9 mars, les ministres ont adopté une recommandation sur le renforcement du capital humain.

Lien vers l'étude 'Pissarides' : https://aeur.eu/f/l3g

Lien vers la recommandation sur le capital humain : https://aeur.eu/f/l2x (Solenn Paulic)

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