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Bulletin Quotidien Europe N° 13824
GUERRE AU MOYEN-ORIENT / Économie

L'heure n'est pas, à ce stade, à la prise de mesures budgétaires d'urgence au niveau européen en réaction à la guerre au Moyen-Orient

Au dixième jour de l'attaque des États-Unis et d'Israël sur l'Iran, dont les répercussions affectent fortement les marchés financiers (le baril de pétrole a dépassé la barre des 100 dollars) et apparaissent dans la vie quotidienne, les ministres européens des Finances ont fait le point sur la flambée des prix énergétiques, lundi 9 mars, dans le cadre de réunions aux niveaux européen et international.

Les acteurs politiques ont tenu un message destiné à rassurer : les pays européens n'ont pas de problème d'approvisionnement en hydrocarbures, contrairement aux pays asiatiques, et la situation n'équivaut pas à celle vécue en 2022, lors de l'invasion russe de l'Ukraine.

D'après la Commission européenne, l'UE est bien préparée grâce aux réserves stratégiques nationales et à la diversification des approvisionnements tant en gaz qu'en pétrole. « Tous les États membres disposent d'un stock de pétrole situé entre 85 et 90 jours, y compris la Hongrie et la Slovaquie », a indiqué Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole chargée de l'Énergie.

Il ne s'agit donc pas, à ce stade, de reproduire des mesures énergétiques budgétaires d'urgence comme celles prises en 2022 au niveau de l'Union européenne.

Néanmoins, le président de l'Eurogroupe, Kyriakos Pierrakakis, a admis que cet exercice de diagnostic et de coordination s'effectuait « en mode 'gestion de crise' ». « Nous sommes prêts à discuter de mesures. (...) Nous avons une 'boîte à outils' héritée de l'invasion russe, mais qui doit être adaptée. Nous n'en sommes pas là », a-t-il indiqué. Selon lui, l'économie européenne est en mesure d'absorber « les chocs temporaires », mais doit être prête à « faire face à une période prolongée d'instabilité ».

Toute action européenne dépendra de la durée de la guerre au Moyen-Orient.

Si cette guerre dure « quelques semaines », il n'y aura « pas d'impact majeur », mais si elle se prolonge, elle pourrait aboutir à « un choc inflationniste substantiel », a analysé le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, appelant ses homologues à « garder la tête froide ».

G7 'Finances'. Lundi, la France a convoqué une réunion d'urgence des ministres des Finances des pays du G7.

« Aujourd'hui, il n'y a aucun problème d'approvisionnement en pétrole et en gaz, que ce soit en Europe ou aux États-Unis. Pour autant, nous regardons comment stabiliser les flux, y compris via - pourquoi pas - la libération des stocks stratégiques », a assuré le ministre français, Roland Lescure, évoquant aussi des propositions américaines sur « l'assurance ».

Dans leur communiqué, les pays du G7 annoncent qu'ils échangeront autant que nécessaire « pour coordonner (leurs) actions ». Ils se disent « prêts à prendre les mesures nécessaires, notamment pour soutenir l'approvisionnement mondial en énergie, par exemple, en libérant des stocks ».

Selon une source diplomatique, aucun pays du G7 ne s'est opposé à la libération des stocks stratégiques, mesure prise deux fois après l'invasion russe. Mais cette option est encore en phase d'analyse technique.

Une réunion du G7 'Énergie' aura lieu mardi, selon M. Dombrovskis, tandis que la tenue d'un sommet extraordinaire des pays du G7 était évoquée, mais pas confirmée, lundi soir.

Au niveau européen, plusieurs réunions sont annoncées en lien avec la guerre au Moyen-Orient : la Présidence chypriote du Conseil de l'UE réunira mardi le dispositif 'IPCR' de réaction aux crises, et la Commission a convoqué une réunion du groupe de coordination sur le pétrole, jeudi.

De l'avis d'un diplomate européen, la crise au Moyen-Orient et ses répercussions économiques sur l'UE seront « certainement » discutées lors du sommet européen des 19 et 20 mars. Selon lui, il n'y a pas de proposition relative à « un financement européen », mais il n'est pas exclu que la question soit abordée dans les prochaines semaines.

Premières mesures nationales. Plusieurs États membres n'attendent pas d'éventuelles décisions aux niveaux européen et international pour agir contre la hausse des prix énergétiques.

Le Portugal a approuvé une réduction de plusieurs centimes des prix du carburant. La Hongrie et la Croatie vont plafonner les prix de l'essence et du diesel.

En France, où 500 contrôles sont prévus dans des stations-service cette semaine, le gouvernement refuse, à ce stade, d'envisager des aides publiques ou de baisser la TVA et les accises sur les produits pétroliers, ces mesures ayant un fort impact budgétaire.

Le ministre espagnol, Carlos Cuerpo, a noté l'impact négatif de la hausse des prix à la pompe sur des secteurs d'activité comme « le transport et la pêche ». « L'Espagne va protéger ses citoyens et les entreprises », a-t-il promis, en s'appuyant sur « l'expérience » acquise lors du choc inflationniste de la guerre en Ukraine.

Faisant de la crise actuelle une opportunité, M. Pierrakakis et plusieurs ministres ont estimé que la flambée des prix énergétiques renforce l'urgence pour les Européens de renforcer la compétitivité économique par une intégration accrue des marchés de capitaux et une interconnexion accrue des marchés énergétiques nationaux (EUROPE 13823/6). (Mathieu Bion avec Pauline Denys et Bernard Denuit)

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