Les chefs d’État ou de gouvernement de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP) se réuniront samedi 28 mars à Malabo (Guinée équatoriale), à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’organisation. Le sommet entend non seulement marquer un jalon historique, mais aussi réaffirmer les ambitions du 'Sud global' sur la scène internationale, y compris au travers de son partenariat avec l'Union européenne.
Dans un entretien accordé mercredi 25 février à Agence Europe, le Secrétaire général de l’OEACP, Moussa Saleh Batraki, expose sa vision d'avenir pour une organisation multilatérale en quête d'un second souffle. (Propos recueillis par Bernard Denuit)
Agence Europe - Qu'attendez-vous de ce sommet ?
Ce que nous espérons de ce 11e sommet, c’est que les États réaffirment clairement leur engagement envers l’organisation et que nos dirigeants précisent en quoi nous pouvons servir au mieux leurs intérêts. Nous souhaiterions, si possible, une orientation plus affinée, car notre mandat reste, par nature, assez large.
Nous avons un partenariat important avec l’Union européenne, mais nous aimerions également que nos États membres nous indiquent plus concrètement comment défendre leurs intérêts sur la scène internationale.
Ce sommet est donc à la fois une célébration, et surtout un moment de projection vers l’avenir.
Vous évoquez la nécessité d’une nouvelle vision pour l’OEACP. Avec le recul, qu’est-ce qui a fait défaut ces dernières années pour donner un véritable élan à l'organisation ?
L’Accord de Georgetown révisé date de 2019. Entre 2019 et 2026, de nombreuses réflexions internes ont été menées.
Ce qui a probablement manqué, c’est le temps nécessaire pour que les États s’approprient pleinement les changements décidés. Ils ont souhaité ces évolutions, ils ont exprimé la volonté de travailler davantage ensemble, mais ils n’ont peut-être pas mesuré toute la portée des décisions prises en 2019. Ensuite, il y a eu la pandémie de Covid-19 : pendant deux à trois ans, tout a été pratiquement à l’arrêt. Cela a constitué une véritable rupture.
Ce sommet est donc, pour moi, l’occasion de solliciter un réengagement ferme et, à partir de là, d’obtenir une vision claire de la manière dont les États souhaitent que nous servions leurs intérêts.
Vous avez proposé un pacte de réformes institutionnelles aux membres de l'OEACP en mars 2025. Que contient-il ?
Le terme « pacte » n’a pas été choisi au hasard. Il symbolise l’essence même du partenariat. L’initiative-phare de ce programme de renforcement des capacités, que j’ai lancé l’an dernier, repose d’abord sur la modernisation et l’accessibilité. Nous voulons être plus ouverts, plus disponibles, et montrer qu’il se passe des choses au sein de l’ACP. C’est un espace qui appartient à ses États membres - et, en réalité, à l’ensemble des parties prenantes. Il n’y a rien à cacher. Nous ne sommes pas une ambassade fermée sur elle-même. Nous voulons rester un espace ouvert.
Le second axe concerne la qualité du partenariat : un partenariat franc, 'gagnant-gagnant'. Et c'est un peu ce que recherche l'UE aussi. Nous devons renforcer cet alignement sur des positions communes. L’an dernier, nous avons déjà adopté deux déclarations communes avec l’UE (EUROPE 13738/6). Nous souhaitons poursuivre dans cette voie. Nous représentons 79 pays, auxquels s’ajoutent les 27 États membres de l’UE. C’est une force politique considérable, dont nous espérons voir les retombées concrètes en 2026.
Le nouvel accord-cadre entre l'OEACP et l'UE a été signé aux Samoa en novembre 2023 (EUROPE 13293/19). À ce jour, de nombreux signataires n'ont toujours pas ratifié le texte. Ce sommet sera-t-il l’occasion de rassurer les partenaires européens ?
Nous n’attendons pas le sommet pour envoyer un message aux Européens. En réalité, le message est double : il s’adresse à la fois à l’Union européenne et à nos propres États membres.
Récemment, nous avons tenu les Assemblées parlementaires 'UE-Caraïbes' à Antigua-et-Barbuda. Cela a été l’occasion de constater qu’aucun pays des Caraïbes n’avait encore ratifié l’accord... Il faut reconnaître que des efforts sont nécessaires de part et d’autre.
Du côté de l’OEACP, ce qui a peut-être manqué, c’est une communication plus claire autour de l’Accord de Samoa : sa structure, ses avantages concrets pour nos États membres. Par ailleurs, tous les parlements ne sont pas renouvelés au même moment. Beaucoup comptent de nouveaux élus, qui souhaitent légitimement comprendre davantage le contenu et les implications de l’accord.
Le secrétariat devra donc faire preuve d’une plus grande proactivité dans les mois à venir, et nous prenons ça très au sérieux.
En mai 2026 se tiendront les Assemblées parlementaires 'Afrique-UE' à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Ce sera également une opportunité importante pour poursuivre la sensibilisation autour de l’Accord de Samoa. Nous comptons y aller avec des outils plus adaptés et actualisés afin d’accompagner les parlementaires. Une fois de retour dans leur pays respectif, on est sûr que [la ratification] pourra s'accélérer.