Le commissaire européen à la Défense, Andrius Kubilius, a annoncé, mercredi 28 janvier, à l’occasion de la conférence annuelle de l’Agence européenne de Défense (AED ou EDA en anglais) : « Le 2 février, je convoquerai la première réunion du Conseil de la sécurité d'approvisionnement. Sa mission est d’aider la Commission à mettre en œuvre le tout premier régime de sécurité d'approvisionnement de l'UE en matière de défense ».
Au sein de ce Conseil, la Commission et les États membres cartographieront et suivront les chaînes d'approvisionnement de défense et évalueront les moyens d'éviter les crises d'approvisionnement liées à la sécurité. « Nous mobiliserons notre budget pour lever les goulets d'étranglement de nos chaînes d'approvisionnement de défense », a promis le commissaire.
M. Kubilius a précisé que la Commission et les États membres veilleront à ce que toutes les conditions soient réunies pour soutenir une accélération de la production de l'industrie de défense et que la Commission aidera les États membres à regrouper leurs demandes dans le cadre d'achats groupés « pour leur bénéfice et celui de l'industrie de l'UE ».
M. Kubilius a pris l’exemple des missiles, rappelant qu’ils étaient une « priorité urgente ». « Je ferai une tournée des sites de production de missiles. Je demanderai aux industriels : 'Combien de missiles pouvez-vous construire ?' 'Quels sont les goulets d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement ?' Nous utiliserons cette cartographie des missiles pour accélérer la production de défense », a-t-il expliqué, ajoutant que l’UE organisera aussi davantage de dialogues de mise en œuvre avec l'industrie.
De son coté, la Haute Représentante de l'UE, Kaja Kallas, a estimé que « l'industrie européenne devait tout simplement produire ». « Pourquoi ? Parce que sinon, l'argent partira à l’étranger, vers les industries qui le peuvent », a-t-elle prévenu.
Selon Kaja Kallas, « à l'heure où les États-Unis regardent au-delà de l'Europe, l'OTAN doit devenir plus européenne pour maintenir sa force. Et, pour cela, l'Europe doit agir ». Un point de vue partagé par Andrius Kubilius. Il faut, selon lui, « construire un pilier européen au sein de l'OTAN. Ensemble dans l'UE, ensemble dans l'OTAN et avec l'Ukraine ».
« Nous devons construire très rapidement notre indépendance en matière de défense : sans retard et sans excuses », a-t-il ajouté.
Renforcer l'AED. Le directeur général de l’AED, André Denk, a expliqué pour sa part que la « coopération européenne n’a jamais été aussi cruciale qu’aujourd’hui ». « Les incursions de drones russes dans notre espace aérien démontrent que la menace est concrète, et non abstraite : elle est bien réelle. Nous ne pouvons pas indéfiniment dépendre des services de renseignement américains, de leur soutien logistique et de leurs atouts stratégiques », a-t-il prévenu, plaidant pour un renforcement du mandat de son agence (EUROPE 13770/18).
M. Denk a annoncé qu’il présentera « dans les prochains jours » des propositions « très concrètes » pour renforcer la coopération européenne. « Nous sommes déterminés à faire davantage pour mieux soutenir nos États membres, de l’innovation aux acquisitions conjointes, en passant par le développement des capacités et l’élaboration des politiques », a-t-il expliqué. (Camille-Cerise Gessant)