Candidat à un nouveau mandat de trois ans, le vice-président du Conseil de supervision unique (SSM), le Néerlandais Frank Elderson, a plaidé, mercredi 28 janvier, pour une capacité accrue des banques européennes à absorber les « chocs géopolitiques », mentionnant l'agression militaire russe de l'Ukraine en 2022, qui avait provoqué un choc inflationniste au sein de la zone euro.
En réponse à Anouk Van Brug (Renew Europe, néerlandaise), M. Elderson a indiqué que le Conseil SSM était en train de mener un test de résistance focalisé sur les « risques géopolitiques », sans scénario préétabli, mais qui demande aux banques européennes de réfléchir à un choc spécifique qui entraînerait une diminution de leur capital de 300 points de base.
Luděk Niedermayer (PPE, tchèque) lui a demandé si les banques européennes ne sont pas excessivement exposées à des fournisseurs de services hors UE.
M. Elderson est allé dans ce sens. Avec le règlement 'DORA', le superviseur bancaire unique peut superviser la façon dont les banques gèrent leurs risques informatiques. « Il y a encore du travail à faire dans ce domaine », a-t-il affirmé, faisant état d'une « forte dépendance » externe dans le domaine du 'cloud'. Face aux risques géopolitiques, il a estimé « encore plus urgent » de parachever l'union bancaire, d'intégrer les marchés financiers et de mettre en place l'euro numérique pour, dans le dernier cas, réduire « la dépendance » européenne vis-à-vis des prestataires de services de paiement issus de pays tiers.
Mercredi lors d'une conférence de la 'Fédération bancaire européenne', le commissaire européen à l'Économie, Valdis Dombrovskis, a évoqué les risques inhérents au secteur des paiements dans l'UE, « largement dominé par des prestataires non européens ». « Cela nous rend dépendants d'entreprises étrangères dans un monde de plus en plus polarisé et fragmenté. Céder à d'autres un tel degré de contrôle technologique sur l'économie de l'UE pourrait entraver notre capacité à agir de manière autonome », a-t-il mis en garde, convaincu que « l'euro numérique est la solution ».
Outre l'attention portée aux risques géopolitiques, le Conseil SSM demandera aux banques d'agir en 2026 et 2027 pour minimiser les risques de perturbation de leurs opérations critiques, en mettant l'accent sur la cybersécurité et la gestion des risques liés à l'intelligence artificielle et les cryptoactifs.
Climat. Plusieurs députés - Markus Ferber (PPE, allemand), Enikő Győri (PfE, hongroise), Bas Eickhout (Verts/ALE, néerlandais) - ont interrogé le vice-président du Conseil SSM sur l'action du superviseur unique dans la gestion des risques climatiques par le secteur bancaire.
Dans le domaine climatique, « nous sommes un organe qui applique les règles, nous ne les adoptons pas », a relevé M. Elderson, pour qui l'action de la BCE sur les questions climatiques équivaut à l'analyse qu'elle effectue des risques associés aux tarifs douaniers américains ou aux enjeux de sécurité et de défense.
D'après lui, les banques ont fait en cinq ans des progrès importants dans la gestion des risques climatiques. S'appuyant sur un stress test de la BCE, M. Elderson a aussi souligné que procrastiner dans ce domaine se traduira pas des coûts plus élevés et des actions correctrices plus intrusives pour le secteur financier.
Simplification. Comme Luis de Guindos (EUROPE 13787/19), le membre du directoire de la BCE a considéré que les règles prudentielles bancaires ne constituent pas un frein à l'activité de prêt à l'économie réelle.
Questionné par Aurore Lalucq (S&D, française) sur la frontière entre simplification et déréglementation, M. Elderson a préconisé des mesures pour réduire la complexité de la supervision afin d'aider les superviseurs à « se concentrer sur les principaux risques » tout en maintenant le niveau actuel de résilience du secteur bancaire.
Il s'agit aussi de rendre nos procédures plus efficaces, en réduisant notamment le délai - de deux mois à trois semaines - de nos décisions de supervision, a-t-il ajouté.
Voir les priorités du Conseil SSM en matière de supervision pour 2026 et 2027 : https://aeur.eu/f/kgd (Mathieu Bion)