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Bulletin Quotidien Europe N° 13796
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EMPLOI / Emploi

Conditions de travail et normes de sécurité - les représentants d'Amazon peinent à convaincre les eurodéputés

Les représentants d’Amazon, invités mercredi 28 janvier par la commission 'Emploi et Affaires sociales' du Parlement européen à évoquer les conditions de travail dans les entrepôts européens de l’entreprise américaine, ont eu du mal à lever les doutes sur les accusations d’insuffisance dont ils font l'objet, s'agissant des normes de santé et sécurité ou de la surveillance intrusive des travailleurs.

Alors que la commission a tenté depuis plusieurs années d’organiser cette audition, et même décidé en 2024 de retirer les accès permanents de l’entreprise au PE, faute de réponse positive, David Zapolsky, premier vice-président et directeur des affaires juridiques et internationales de l'entreprise, Stefano Perego, vice-président des opérations internationales, et Lucy Cronin, vice-présidente pour les politiques publiques de l'UE, ont finalement accepté de jouer le jeu.

L'audition devait permettre à l’entreprise de s'exprimer face aux témoignages « que nous avons reçus indiquant que le niveau de protection accordé aux travailleurs des entrepôts Amazon, ainsi que le respect de leurs droits, restent pour le moins incertains », avait commenté d’emblée la présidente de la commission parlementaire, Li Andersson (La Gauche, finlandaise).

« À ce jour, peu de mesures ont été prises pour dissiper ces inquiétudes. Nous continuons de voir des titres et des rapports pointant du doigt des problèmes tels que la surveillance intrusive des employés, les heures supplémentaires non payées, les violations des règles de sécurité au travail et la protection insuffisante des droits des travailleurs. Nous craignons que cela ne révèle l'existence de problèmes systémiques dans la gestion de la main-d'œuvre européenne », a ajouté la députée, cependant satisfaite que l’entreprise ait cette fois accepté un « échange ouvert et constructif ».

David Zapolsky a d'abord expliqué avoir visité « personnellement ces trois ou quatre dernières années les sites d'Amazon dans plus de 20 pays européens, accompagnés des autorités nationales de la quasi-totalité des États membres ».

L’entreprise, qui a plus de 250 sites logistiques et 11 centres de recherche et développement dans l’UE, emploie plus de 150 000 personnes dans l'UE « occupant des emplois de qualité dans divers domaines, allant de la direction à la recherche et au développement, en passant par les sciences environnementales, le cinéma et la télévision et la logistique ».

« Le groupe a investi plus de 225 milliards d'euros dans l'UE depuis 2010. Pour la seule année 2024, ce chiffre s'élevait à plus de 38 milliards d'euros. Nous soutenons également les petites et moyennes entreprises (PME) ».

Amazon offre aussi « une rémunération jusqu'à 12% supérieure au salaire minimum ou aux conventions collectives applicables en Europe », a repris Stefano Perego.

« Nos employés ont le droit d'adhérer à un syndicat, et ce depuis toujours. Nous collaborons activement avec les comités d'entreprise et autres instances représentatives du personnel sur nos sites à travers l'UE », a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le taux d'incidents enregistrables en Europe a diminué de 31% en cinq ans et, « depuis 2019, nous avons investi 2 milliards de dollars dans la sécurité à l'échelle mondiale, notamment dans de nouvelles technologies et de nouveaux programmes pour protéger nos employés ». « En 2024, nous avons réalisé 1,7 million d'inspections dans nos installations de l'UE », a encore assuré Stefano Perego.

Les élus du PPE, du S&D, des Verts/ALE ou de La Gauche n’ont pas pour autant été rassurés, se basant sur des faits réels - comme la mort d'un salarié en Allemagne lors du dernier 'Black Friday' ou des témoignages de travailleurs faisant état de pression excessive et de fatigue physique prématurée. Ou encore sur des enquêtes journalistiques révélant un suivi intrusif - jusque dans les toilettes - et linfiltration de syndicats.

« Nous déployons des technologies comme la robotique et l'IA, mais cela ne sert pas à la surveillance des travailleurs », ont plusieurs fois affirmé les responsables d’Amazon. « Nous n’espionnons pas les syndicats », a assuré Lucy Cronin.

Interrogé sur un taux d’accidents du travail qui serait « deux fois plus élevé que dans d’autres entreprises de l’UE », selon le Belge du PPE Pascal Arimont, l’entreprise a assuré respecter toutes les normes de sécurité et de travail de l’UE.

Alors que la députée du CRE, Marlena Maląg (polonaise), a cité des études sur les fortes pressions subies par les travailleurs, dont « 44% renoncent à leurs pauses pour atteindre les objectifs de productivité », David Zapolsky a encore dénoncé des informations erronées. 

« Cette audition est une victoire remportée par les travailleurs (...). Dans ce contexte, rétablir immédiatement les badges d'Amazon et arrêter la pression politique alors qu'elle commence à porter ses fruits serait incompréhensible », a réagi Leïla Chaibi (La Gauche, française), à l’issue de l'audition. Les groupes PfE et Renew Europe n’ont pas participé à cette audition et, selon une source, si les groupes actifs pendant l'audition n'ont pas été très satisfaits, les représentants d'Amazon devraient vraisemblablement bientôt récupérer leur accès permanent au PE. (Solenn Paulic)

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