Au lendemain de la réunion informelle des Vingt-sept consacrée aux projets stratégiques pour la défense européenne et aux moyens de soutenir Kiev, le septième Sommet de la Communauté politique européenne, jeudi 2 octobre à Copenhague, a encore accordé une large attention à la situation en Ukraine, cette fois avec la présence sur place du président ukrainien, Volodymyr Zelensky.
Le Sommet a été l’occasion, pour plusieurs dirigeants de l'UE, mais aussi d’autres participants - comme le Britannique Keir Starmer, d’appeler à « accroître encore la pression sur la Russie » et à cibler encore davantage la 'flotte fantôme' russe, qui rapporterait encore 35 milliards par an à la Russie.
Les dirigeants de 58 pays ou micro-États réunis avaient plusieurs sessions de travail à leur ordre du jour, notamment des échanges sur la compétitivité, les migrations ou le narcotrafic (voir autre nouvelle).
Le scrutin législatif complexe organisé le 28 septembre en Moldavie, finalement remporté par les forces dites 'pro-européennes', a aussi été largement commenté, la dirigeante moldave, Maia Sandu, étant notamment invitée à s’exprimer sur les diverses interférences observées (EUROPE 13719/15 et voir autre nouvelle).
La résolution récente du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, certes sous l’égide du président américain, Donald Trump, a aussi permis un cadre plus apaisé, une réunion ayant par ailleurs été organisée entre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, le président du Conseil européen, António Costa, et le président de l'Azerbaïdjan, Ilham Aliyev.
Mais, comme en mai à Tirana, la guerre en Ukraine a dominé une fois encore les débats, notamment avec l’organisation d’une réunion entre le président ukrainien et les dirigeants allemand, Friedrich Merz, français, Emmanuel Macron, polonais, Donald Tusk, et danoise, Mette Frederiksen.
« La Russie commet de nombreuses erreurs, c'est pourquoi nous devons accroître la pression sur elle, et ce dès maintenant. Nous comptons sur un 19e paquet de sanctions de l'UE, une approbation rapide et des mesures fortes de la part de nos partenaires. Une attention particulière doit être portée à la flotte de pétroliers russes, aux navires, aux capitaines et à l'équipage ainsi qu'aux terminaux pétroliers », a notamment indiqué le président ukrainien lors d'une conférence de presse avec la Première ministre danoise, à l'issue des travaux.
Alors que la France a immobilisé depuis le 28 septembre le navire 'Boracay' au large de Saint-Nazaire, à l’ouest de la France, qui pourrait être lié à l’envoi récent de drones dans l’espace aérien danois, le Premier ministre polonais, Donald Tusk, a également évoqué vendredi un nouvel incident de ce type dans le port de Szczecin.
Parmi les idées évoquées : le recours accru à la ‘Coalition des volontaires’, réunissant des pays comme le Canada et la Nouvelle-Zélande qui pourraient être appelés à mettre à disposition d’autres moyens maritimes pour renforcer la lutte contre ces bateaux contournant les sanctions européennes.
Jeudi soir, le président français avait annoncé la tenue prochaine d'une réunion des chefs d'état-major européens sur le sujet.
« Les récents incidents de drones en Europe montrent clairement que la Russie se sent encore assez audacieuse pour intensifier cette guerre », a commenté le président ukrainien lors de la plénière d’ouverture.
« Nous devons toujours garder à l'esprit que la 'Coalition des volontaires', les garanties de sécurité, ce que nous avons fait pour garantir qu'un éventuel cessez-le-feu soit juste et durable, ne doivent pas nous faire croire que le travail de soutien à l'Ukraine est terminé », a aussi commenté Keir Starmer, qui a quitté la réunion plus tôt que prévu en raison des évènements à Manchester (voir autre nouvelle).
« Cela implique de renforcer la défense aérienne, les missiles à longue portée et la défense anti-drones, et, bien sûr, le travail mené sur le prêt de réparation relatif aux actifs russes ». « La pression économique a des effets et nous devons la maintenir par de nouvelles sanctions, notamment sur l'énergie et la 'flotte fantôme' », a ajouté le Britannique.
« Non, l'Ukraine n'est pas en train de perdre cette guerre » et « la situation est même meilleure » qu’en février, a commenté Emmanuel Macron. « L'essentiel pour nous tous est donc de suivre l'Ukraine, d'intensifier notre soutien », a dit le Français.
Concernant la 'flotte fantôme', qui financerait 30 à 40% de l'effort de guerre russe, il est « crucial d'accroître la pression, car cela réduira clairement la capacité de financement de l'effort de guerre de la Russie ». Immobiliser ces navires « pendant des jours ou des semaines, les obliger à s'organiser différemment et ainsi compromettre l'efficacité de ce modèle économique, désormais totalement industrialisé », est un parfait levier. « Dans le cadre de la 'Coalition des volontaires', en coordination avec l'OTAN, je propose que nous travaillions à optimiser cette action commune ».
Huit cent navires 'fantômes' navigueraient à ce jour, dont 500 à 600 sous sanctions. Dans son 19e paquet de sanctions, la Commission propose aussi de les sanctionner davantage. (Solenn Paulic)