La nouvelle législation sur les médicaments critiques a généralement été saluée par les eurodéputés lors d'un débat, mardi 11 mars à Strasbourg, même si d'aucuns ont déploré l'absence de règles sur la constitution de stocks pour éviter des pénuries (voir autre nouvelle).
Tomislav Sokol (PPE, croate) s’est félicité des mesures visant à accélérer le rythme des procédures administratives, à fournir un meilleur financement pour les projets stratégiques et prévoyant des appels d’offres communs pour un meilleur approvisionnement. Il s'est félicité des dispositions en matière de production sur le sol européen, mais a estimé qu’il fallait traiter le problème de la constitution des stocks (les grands pays ne partagent pas les médicaments avec les autres pays plus petits).
« Nous avons besoin d’une politique incitative pour encourager la production de médicaments en Europe ; cependant, nous n’avons pas besoin d’un texte pour l’industrie pharmaceutique, mais bien d’un texte pour les citoyens », a lancé Christophe Clergeau (S&D, français). Il a prôné des « conditionnalités sur les marchés publics » et des mesures pour favoriser des marchés ou des achats collectifs à l’échelle européenne. « Ce qui est le plus important, pour les socialistes, c’est de garantir à toutes et à tous en Europe l’accès aux médicaments », a-t-il conclu.
Ondřej Knotek (PfE, tchèque) s'est montré positif sur le texte proposé, mais a demandé de ramener la production en Europe pour certains médicaments. Il a insisté sur le besoin d’attirer des investissements privés en Europe.
Ruggero Razza (CRE, italien) a insisté sur le besoin de rendre la production de médicaments, notamment génériques, « compétitive et réalisable, également en Europe. Nous sommes optimistes, car c'est aussi une question de souveraineté ».
La législation proposée doit permettre de renforcer l'indépendance stratégique de l'Europe grâce à des productions et des achats coordonnés, a relevé Vlad Voiculescu (Renew Europe, roumain). Il a regretté l'absence d'un budget adéquat et de sanctions en cas de non-respect des règles.
« Toutes mes craintes se sont concrétisées », a lancé Tilly Metz (Verts/ALE, luxembourgeoise). Ce qui est proposé ne correspond pas aux attentes, d'après elle. Elle aurait souhaité des dispositions sur la constitution de stocks de médicaments critiques ou sur une infrastructure publique européenne sur les médicaments. Catarina Martins (La Gauche, portugaise) a préconisé de nouvelles règles en matière d'investissements publics et déploré le peu d'investissements dans le budget européen de la santé.
Laurent Castillo (PPE, français) a estimé que ce texte allait dans le bon sens, en prévoyant « des aides budgétaires directes sous condition d’approvisionnement du marché européen, de nouvelles règles en matière de marchés publics pour que le prix ne soit plus la seule variable de sélection ou encore l’incitation à l’achat collectif ». Il a regretté l’absence de « mécanisme de préachat pour les médicaments innovants encore en cours de recherche sur le sol européen » et de mesures en vue de l’établissement d’un « stock européen de médicaments pour les pharmacies hospitalières ».
Olivér Várhelyi, commissaire européen à la Santé, a espéré qu'un accord sur la réforme du paquet pharmaceutique interviendra bientôt, pour que ces deux textes puissent « aller de pair » pour assurer la sécurité d'approvisionnement.
Lien vers la proposition : https://aeur.eu/f/fv1 (Lionel Changeur)