Malgré de nombreuses oppositions, le Parlement européen devrait approuver la Commission 'von der Leyen II' mercredi 27 novembre à Strasbourg. À quelques heures du vote sur le futur Collège des commissaires européens, le Parlement européen est très divisé, en particulier les groupes S&D et Verts/ALE. Alors que les extrêmes ne valideront pas la Commission 'von der Leyen II', les groupes plus au centre sont tiraillés entre leurs convictions et leur devoir de responsabilité.
Une majorité de votes pour. Grand gagnant de ce bras de fer institutionnel (EUROPE 13531/1), le PPE devrait voter majoritairement en faveur du Collège 'von der Leyen II' ce mercredi, mais quelques voix dissonantes se font entendre. Selon une source, les délégations slovène et espagnole devraient voter contre et les Français devaient encore se mettre d'accord mardi dans la soirée.
Le président du groupe, l'Allemand Manfred Weber, a également salué la position du groupe des Conservateurs et Réformistes (CRE) lors des auditions : « [Ils] ont permis à des commissaires comme Stéphane Séjourné et Teresa Ribera d'entrer en fonction. Sans le vote CRE, il n'y aurait pas eu de Teresa Ribera, car pas de majorité ». Et de mentionner la possibilité, à son sens, de voir un rassemblement « large au sein du Parlement européen, des Verts jusqu'aux CRE ».
Ainsi, chez les Conservateurs et Réformistes (CRE), groupe dont est issu l'italien Raffaele Fitto, qui a attisé les foudres des socialistes et de la frange la plus à gauche de l'hémicycle, on estime qu'il n'y a pas de contre-indication à avaliser la nouvelle Commission. « Sur la base de la dynamique dont nous avons été témoins avant, pendant et après les auditions, nous ne prévoyons aucun obstacle, de notre côté, à l'approbation finale », avait déclaré le porte-parole du groupe, Michael Strauss, vendredi 22 novembre, en conférence de presse .
Selon lui, le groupe CRE a adopté une position d'équilibre tout au long des auditions, avec comme politique principale « le respect mutuel et l'ouverture au compromis », pour « maintenir l'unité de l'Union ». « Nous sommes témoins d'un changement dans le paysage politique européen, du centre gauche au centre droit. Cela permet d'espérer un nouvel élan dans toute l'Union et le groupe CRE est une force décisive au cœur de ces changements », s'était-il félicité.
Du côté du groupe Renew Europe, on se félicite d'avoir obtenu un portefeuille important pour le Français Stéphane Séjourné et la réduction de celui du Hongrois Olivér Várhelyi. Cependant, la nomination de l'Italien Raffaele Fitto a encore du mal à passer, celle-ci étant qualifiée « d'erreur politique » par la présidente de Renew Europe, Valérie Hayer.
Mardi soir, Renew Europe a décidé de voter pour la Commission 'von der Leyen II', après avoir reçu les ultimes garanties écrites d'Ursula von der Leyen que le portefeuille d’Oliver Várhelyi serait modifié conformément aux demandes du groupe. Le groupe confirme donc son vote positif, seule la délégation belge francophone - Sophie Wilmes et Yvan Verougstraete - s’abstiendra.
Des désaccords au sein des groupes S&D et Verts/ALE. Dispersés et affaiblis, les sociaux-démocrates ne devraient pas voter comme un seul homme ce mercredi. L'Espagnole Iratxe García Pérez, la présidente du groupe, s'est réjouie de l'accord trouvé avec le PPE et les libéraux, en déclarant que le S&D sera « à la hauteur des circonstances ». « Nous sommes engagés en faveur de la stabilité en Europe », a-t-elle affirmé.
Cependant, cet accord s'est fait au détriment de la promesse du groupe de gauche de faire barrage à la nomination de Raffaele Fitto, ministre du gouvernement 'Meloni', à la fonction de vice-président de la Commission. Un renoncement difficile à accepter pour plusieurs délégations, notamment la délégation française, dont les votes seront soit contraires, soit abstentionnistes.
« Pour nous, c'est impossible, on va s'en tenir à cette ligne là », a justifié le responsable de la délégation française, Raphaël Glucksmann, lors d’un point presse mardi. Il a regretté l'occasion manquée d'obliger le PPE à choisir. « Selon nous, il fallait envoyer un message extrêmement clair au PPE, car nous allons retrouver une droite européenne et un Manfred Weber qui vont jouer en permanence sur le rapport de force, d'abord sur l'écologie, entre autres sujets », a-t-il estimé. Sa collègue, Nora Mebarek, a dénoncé « une porosité assumée entre l’extrême droite et le PPE ».
Chez les Verts/ALE, les dissensions se font également entendre et les différentes délégations devraient agir en leur nom. Chez les eurodéputés français, on parle de « faute lourde » pour mentionner l'élection de Raffaele Fitto au poste de vice-président.
« Ce vote risque de fragiliser les institutions européennes et leur crédibilité face à la montée des populismes et des extrêmes », a estimé Marie Toussaint.
Les co-présidents du groupe, le Néerlandais Bas Eickhout et l'Allemande Terry Reintke, ont expliqué les raisons pour lesquelles « une petite majorité » des écologistes européens devrait voter, mercredi, en faveur du nouveau Collège, faisant état de débats « très difficiles » en interne, lundi soir.
Ils ont certes reconnu que la nomination du conservateur italien à la fonction de vice-président de la Commission demeurait très problématique pour leur famille politique, mais ils considèrent avoir obtenu suffisamment de garanties de la part d'Ursula von der Leyen, rencontrée le matin même à Strasbourg, en termes de majorité recherchée au Parlement européen et de contenu des politiques qui seront présentées.
« Nous sommes prêts à jouer le jeu et à nous impliquer dans la bataille qui consistera à concrétiser les objectifs du 'Pacte vert européen' même si nous n'avons pas de garanties à 100% », a déclaré Terry Reintke. D'après elle, la déclaration de Mme von der Leyen au moment de la nomination de l'ancien coprésident du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts, en tant que conseiller (EUROPE 13531/22), montre que, selon la présidente de la Commission, les écologistes font partie de la majorité pro-européenne.
D'après nos informations, les délégations allemande, néerlandaise, roumaine et des pays baltes du groupe Verts/ALE devraient, à quelques nuances près, voter en faveur du Collège 'von der Leyen II', tandis que les délégations française, belge et italienne devraient s'y opposer. Les cinq députés du parti Volt, proches des Pirates, ont décidé à l'unanimité de voter pour la nouvelle Commission. « Malheureusement, cela reflète le paysage politique de l'Europe », a déclaré la Néerlandaise Anna Strolenberg dans un communiqué.
Opposition des PfE, d'ENS et de La Gauche. Alonso De Mendoza Asensi, le porte-parole du groupe des Patriotes pour l'Europe (PfE), a annoncé que celui-ci avait décidé de voter contre le Collège des commissaires, vendredi 22 novembre en conférence de presse. Il a déploré que le processus ait été gravement perturbé. « Notre groupe est convaincu que la sélection des candidats doit se faire sur la base de leurs compétences, de leur parcours et de leur expérience, mais malheureusement, cela n'a pas été le cas », avait-il estimé.
Il avait reproché un manque de transparence, avec des négociations à huis clos, qui sape la confiance et l'équité du processus. « Le traitement réservé au candidat hongrois est un bon exemple de ce système défaillant », avait-il avancé (EUROPE 13529/7). Et de conclure: « Pour notre groupe, cela envoie un mauvais message aux citoyens européens ».
Lors d’un point presse, l’eurodéputée Mathilde Androuët (PfE, française) a considéré que les nominations des commissaires ne reflètent pas toujours le résultat des urnes, l'exemple le plus parlant étant Stéphane Séjourné. « L'actualité chamboule quelque peu la réalité des [dirigeants] européens », a-t-elle souligné. Par ailleurs, elle a relevé le fait que les considérations nationales prennent le dessus, notamment avec le cas de l'Espagnole Teresa Ribera, accusée par le Partido Popular d’être responsable des inondations de Valence (EUROPE 13523/1). « Mais, dans les faits, elles sont balayées par le Parlement européen », a considéré Mathilde Androuët.
Dans un communiqué publié mardi soir, le groupe Europe des nations souveraines (ENS) a annoncé qu'il ne voterait pas en faveur de la Commission lui non plus. Le rejet de l'énergie nucléaire, l'idée d'une Europe plus fédérale et intégrée et l'augmentation du nombre de femmes dans les comités de direction des grandes entreprises ne leur ont pas plu. « Ces nominations marquent une dérive autoritaire, punitive et fédérale de la Commission européenne, que les députés européens du groupe ne peuvent accepter », a-t-il indiqué.
Enfin, La Gauche votera également contre le Collège 'von der Leyen'. « On va assister au mariage de la droite et de l'extrême droite et à l'explosion du cordon sanitaire », a déploré la co-présidente du groupe, la Française Manon Aubry, lors d’un point presse. « Nous allons avoir la Commission la plus à droite de l’histoire, qui sera soutenue par une partie de la gauche, car les Verts et les Socialistes ont cédé sur toutes leurs lignes rouges », a-t-elle alerté. « Le seul gagnant de tout ça, c’est Manfred Weber, qui a pris le pouvoir », a-t-elle ajouté.
Elle a regretté qu’il n’y ait plus de commissaire chargé de l'égalité femmes-hommes au lendemain de la Journée sur la lutte contre les violences faites aux femmes (EUROPE 13531/21), la possible signature du traité commercial avec le Mercosur, la remise en cause du 'Pacte vert' et la politique migratoire. « Nous serons le seul vrai groupe d'opposition. Aujourd'hui commence la résistance », a-t-elle affirmé. (Anne Damiani, Isalia Stieffatre, Mathieu Bion et Solenn Paulic, avec la rédaction)