Les discussions se sont tendues, mercredi 13 novembre au Parlement européen, sur le calendrier et les modalités d’approbation du Collège des commissaires européens, sur fond de tractations entre les groupes politiques du Parlement européen.
Les eurodéputés avaient auditionné la veille les poids lourds de la nouvelle Commission, à savoir les six vice-présidents exécutifs potentiels de la Commission 'von der Leyen II'. Cependant, les eurodéputés n'ont toujours pas évalué les résultats de ces auditions ni celle du commissaire européen désigné à la Santé, Olivér Várhelyi, alors qu’ils étaient censés se pencher sur le cas de ce dernier, mercredi.
Officiellement, les évaluations sont reportées, alors que les tractations vont bon train. La gauche et le centre au PE reprochent à Manfred Weber, le président du groupe PPE, de bloquer l'approbation de la commissaire européenne désignée à la Transition propre, juste et compétitive de l’UE, Teresa Ribera (EUROPE 13522/1).
Mardi soir, l'audition de la troisième vice-présidente du gouvernement espagnol socialiste a été rattrapée par l'actualité nationale espagnole. La droite et l'extrême droite sont montées au créneau contre la gestion des inondations meurtrières dans la région de Valencia, accusant Mme Ribera - et le gouvernement dont elle est issue - d'être responsable des conséquences de cette catastrophe.
Rupture de l'accord de coalition. Dans un communiqué de presse, le groupe S&D a estimé qu'en raison du comportement « irresponsable » du président du groupe PPE, l'Allemand Manfred Weber, les chrétiens-démocrates avaient « rompu l'accord démocratique pro-européen historique entre les groupes conservateurs, sociaux-démocrates et libéraux de cette Assemblée ».
En juillet 2024, le Parlement européen avait validé la candidature de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, « sur la base d'une majorité démocratique pro-européenne », a-t-il rappelé (EUROPE 13456/1).
Ces derniers jours, le groupe social-démocrate a constaté que les dirigeants du PPE étaient « prêts à mettre en péril la stabilité des institutions européennes dans un climat géopolitique difficile ».
La présidente du groupe Renew Europe au PE, la Française Valérie Hayer, a dénoncé elle aussi le blocage des négociations sur la validation de la composition de la nouvelle Commission, lors d'une déclaration devant la presse. L'issue des auditions est « prise en otage par des jeux politiques » s'est-elle agacée, en appelant toutes les forces politiques à « revenir à la table des discussions ». Au passage, l'eurodéputée a exhorté la présidente Ursula von der Leyen à agir pour sortir de cette situation de blocage.
Au nom du groupe Verts/ALE, qui avait rejoint la coalition pro-européenne en votant en faveur de la réélection de Mme von der Leyen, l'Allemande Terry Reintke, a dénoncé « les jeux politiques irresponsables et à courte vue du PPE (qui) mettent en péril l'alliance démocratique » au sein du PE. « En cherchant désespérément à former des alliances sans scrupules avec l'extrême droite », le PPE crée « une instabilité préjudiciable aux institutions de l'UE à un moment où le contexte international est devenu de plus en plus hostile à l'intégration européenne », a-t-elle ajouté.
Côté groupe PPE, on souhaite que les sociaux-démocrates continuent d'assumer leur responsabilité institutionnelle et contribuent à mettre sur pied la Commission 'von der Leyen II', a indiqué une source parlementaire. Et concernant Mme Ribera, la commissaire désignée devra d'abord clarifier au niveau national les questions liées aux inondations de la région de Valencia avant que les groupes politiques puissent évaluer sa prestation au niveau européen.
Mme von der Leyen obligée de s'impliquer. Mercredi après-midi, Mme von der Leyen a rencontré plusieurs présidents de groupes politiques du PE, pour tenter de trouver une issue favorable à l'approbation de son équipe de commissaires. Elle aurait renouvelé sa confiance en la candidature de Mme Ribera.
Le débat en plénière, mercredi à Bruxelles, sur les effets des inondations en Espagne, a été dominé par les querelles entre Espagnols sur la gestion de la crise (voir autre nouvelle). Esteban González Pons (PPE, espagnol) a demandé au groupe S&D de proposer un nouveau candidat au lieu de « récompenser » Mme Ribera, tenue pour responsable de la mauvaise gestion des inondations. « Nous avons des politiciens irresponsables », dont Mme Ribera, a lancé Jorge Buxadé Villalba, de Vox. Oihane Agirregoitia (Renew Europe, espagnole) s'est dite « dégoûtée » par la politisation de cette catastrophe. Pour Vicent Marzà i Ibàñez (Verts/ALE, espagnol), le PP espagnol, qui gouverne dans la Communauté valencienne, est responsable de ce désastre en ayant supprimé l'unité d'urgence de Valencia.
Alberto Núñez Feijóo, président du PP espagnol, a demandé lui aussi le remplacement de Mme Ribera et qu'elle comparaisse devant le Parlement national, un débat étant prévu mercredi 20 novembre. Il s'est dit convaincu qu'au sein du gouvernement espagnol il y a des personnes « qui connaissent la Commission, qui connaissent l'Union, qui ont travaillé avec elle » et qui n'ont pas les problèmes de la candidate officielle. Le nom de Luis Planas, ministre de l'Agriculture du pays, né à Valencia, est évoqué.
Deux autres commissaires critiqués. Pendant les auditions, la gauche et le centre avaient protesté, quant à eux, contre la vice-présidence attribuée à l'Italien Raffaele Fitto, membre du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia. Ces groupes ont critiqué aussi le profil du candidat hongrois Olivér Várhelyi, commissaire désigné à la Santé et au Bien-être animal, dont la candidature n’a pas été validée à ce stade.
« Le portefeuille du commissaire Várhelyi doit être remanié et la vice-présidence exécutive doit être retirée à M. Fitto », a résumé la présidence du groupe Verts/ALE, mercredi.
Après l'approbation individuelle des commissaires, un vote en plénière du PE sur la nouvelle équipe de Mme von der Leyen est prévu à ce stade le 27 novembre. (Lionel Changeur)