Si la question de la nécessité d'élargir l'Union européenne ne semble plus faire débat, la meilleure façon d'y parvenir pour garantir l'intégrité de l'UE et de son fonctionnement reste une des questions prédominantes qui ont été au cœur du Forum de haut niveau organisé par le 'Comité économique et social européen' (CESE) à Bruxelles, jeudi 24 octobre.
Plus de 140 représentants de la société civile des pays candidats à l'élargissement étaient présents à cette occasion pour débattre notamment du rôle prépondérant de la société civile et des partenaires sociaux dans le processus d'intégration.
Ce forum est notamment adossé à l'initiative 'Enlargement candidate members' (Membres candidats à l'élargissement) du CESE, destinée à permettre à la société civile des pays candidats de contribuer aux travaux du CESE et, par extension, aux discussions liées à l'élargissement.
Étaient donc présents des citoyens des six pays des Balkans occidentaux - l'Albanie, le Kosovo, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Serbie et la Macédoine du nord - ainsi que d'Ukraine afin de noter les avancées des pays en matière d'intégration et le chemin restant à parcourir.
De la nécessité d'une intégration graduelle. Une des perspectives essentielles du débat a été de souligner l'importance d'une intégration à l'UE progressive et « fondée sur le mérite », où les progrès sont reconnus et récompensés par de réelles perspectives d'adhésion, afin d'éviter de connaître à nouveau des situations d'enlisement des négociations pendant une décennie.
Cette dynamique ('momentum'), comme l'a désignée la vice-ministre albanaise de l'Économie, de la Culture et de l'Innovation, Olta Manjani, doit absolument être capitalisée par l'UE afin d'atteindre ses objectifs d'élargissement.
« Nous sommes au sommet d'un sentiment général en faveur de l'UE, particulièrement en Albanie, qui est un des pays les plus pro-européens du continent », a-t-elle signalé. « Il faut que cette volonté soit prise en compte par l'UE afin d'avancer sur les réformes et l'adhésion des pays membres ».
Plusieurs processus devraient être, si pas finalisés, tout du moins engagés par la Commission d'ici 2029. Du côté de l'Albanie, l'objectif de l'intégration en 2030 reste affiché, comme l'a rappelé le Premier ministre, Edi Rama, mercredi 23 octobre, à l'occasion d'une conférence de presse aux côtés de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (EUROPE 13510/17).
Quant au Monténégro, le pays affiche une ambition d'intégrer l'Union européenne « d'ici 2028 », selon Naida Nišić, ministre monténégrine du Travail, de l'Emploi et du Dialogue social.
Pour les Balkans occidentaux, cette intégration progressive se concrétise à travers plusieurs initiatives de la Commission, particulièrement le 'Plan pour la croissance' et les agendas de réformes des pays candidats (EUROPE 13510/19).
Le président du CESE, Oliver Röpke, a insisté sur ce point à l'occasion du débat. « Il ne s'agit pas seulement d'élargir l'UE, mais aussi de préparer les futurs États membres à participer activement à la construction de l'Union, en veillant à ce qu'ils soient pleinement équipés pour relever les défis à venir. En collaborant avec la société civile, les fédérations d'employeurs et les syndicats, nous créons les bases nécessaires à une Europe plus inclusive et plus forte », a-t-il considéré.
Le Secrétaire d'État allemand, Rolf Schmachtenberg, a également souligné l'importance d'un « alignement » des aspects « sociaux et économiques » des pays candidats, pour garantir une « adhésion réussie à l'UE ».
Vers une Europe à 33 ? Dans l'optique où six nouveaux pays devaient adhérer à l'Union, une réforme des traités internes est considérée par certains, particulièrement au Parlement européen, comme étant une condition sine qua non du bon fonctionnement futur de l'UE, notamment en recourant plus fréquemment au vote à la majorité qualifiée des États membres au Conseil de l'UE.
À ce stade, la volonté politique semble ne pas encore être au rendez-vous. Une situation qu'a déplorée Olta Manjani, pour qui il convient - « maintenant ou jamais » - d'engager les réformes nécessaires. « Une réaction concrète de l'UE renforcerait sa place et son importance sur la scène internationale, à travers la certitude de l'élargissement », a-t-elle estimé.
« Nous devons effectivement effectuer un travail concret de notre côté, sur nos réformes », avait admis Oliver Röpke, lors d'une conférence donnée la veille. « Cependant, je ne suis pas d'accord sur le fait d'utiliser cet argument pour s'opposer à l'élargissement lui-même ou y mettre fin - ce n'est factuellement pas une raison », avait-il affirmé.
De son côté, la présidente de la Commission est toujours en visite dans les Balkans occidentaux. Après s'être rendue à Tirana mercredi, elle s'est entretenue avec les chefs d'État ou de gouvernement de Macédoine du Nord et de Bosnie-Herzégovine jeudi et vendredi, avant de se rendre en Serbie samedi 26, puis au Kosovo et au Monténégro le 27. (Isalia Stieffatre)