Les eurodéputés, réunis en séance plénière, ont débattu, dans la soirée de mercredi 13 mars, au Parlement européen, à Strasbourg, de l'escalade inquiétante de la rhétorique et de la violence anti-LGBTQI au sein de l'Union européenne. Cet échange a été catalysé par un incident survenu le 9 mars à Thessalonique, où deux personnes transgenres ont été violemment attaquées par une foule, rappelant l'urgence d'une réponse coordonnée et réfléchie pour contrer ces actes de haine.
La commissaire à la Cohésion et aux Réformes, Elisa Ferreira, s'exprimant au nom de la commissaire à l’Égalité, Helena Dalli, a ouvert le débat en manifestant une solidarité forte avec les victimes des récentes attaques.
Soulignant l'augmentation des discours et crimes de haine contre la communauté LGBTQI, elle a rappelé les données alarmantes de l'Agence des droits fondamentaux de l’UE indiquant qu'en 2019, un membre LGBTQI sur dix dans l'UE avait été victime d'attaques en raison de son identité.
Mme Ferreira a réitéré l'engagement de l'UE à défendre l'égalité et le respect pour tous, évoquant l'adoption en 2023 d'une stratégie globale pour l'égalité des LGBTQI (EUROPE 13160/19) visant à intégrer leurs droits dans tous les domaines politiques.
Toutefois, elle a pointé du doigt le Conseil concernant la proposition de la Commission visant à classer les discours et les crimes de haine comme infractions européennes, dénonçant la difficulté de trouver l'unanimité requise.
Jiří Pospíšil (PPE, tchèque) a fermement condamné l'attaque à Thessalonique, la qualifiant d'acte de haine inacceptable, et a appelé à une collaboration accrue entre le Parlement et la Commission pour renforcer la protection légale des victimes. Il a plaidé pour une législation européenne renforcée, apte à punir efficacement les auteurs de crimes de haine. Cyrus Engerer (S&D, maltais) s'est insurgé contre l'augmentation de la rhétorique haineuse, y compris au sein du Parlement européen, soulignant la nécessité d'une responsabilité collective pour contrer ces violences par des mesures concrètes. Pierre Karleskind (Renew Europe, français) a partagé une expérience de harcèlement en ligne, mettant en évidence la propagation de la haine dans les espaces numériques et appelant à un renforcement des codes de conduite avec les plateformes de médias sociaux. Kim Van Sparrentak (Verts/ALE, néerlandaise) et Dimitrios Papadimoulis (La Gauche, grec) ont souligné l'importance de la solidarité avec les victimes et du soutien majoritaire pour la sécurité et le respect de tous, indépendamment de leur orientation sexuelle ou identité de genre.
Néanmoins, certaines interventions, principalement issues des rangs les plus conservateurs, ont présenté des perspectives divergentes. Angel Dzhambazki (CRE, bulgare) a défendu une interprétation stricte des catégories de genre basées sur la biologie. En outre, si Mathilde Androuët (ID, française) a appelé à un respect universel pour toutes les personnes, indépendamment de leur identité, elle a émis des critiques face à ce qu'elle perçoit comme une défense sélective des victimes par certains groupes politiques.(Nithya Paquiry)