La veuve de l’opposant politique russe Alexeï Navalny, Ioulia Navalnaïa, s’est exprimée, mercredi 28 février à Strasbourg, dans l’hémicycle. Elle a notamment appelé les eurodéputés à renforcer leurs actions et à ne pas se satisfaire d’une « nouvelle résolution » ou d’un « nouveau paquet de sanctions qui ne diffère pas vraiment du précédent » pour « vaincre Poutine et son réseau criminel ».
« Vous n’avez pas affaire à un homme politique, mais à un bandit qui a du sang sur les mains », a-t-elle martelé, estimant que l’accent devrait être mis sur « les personnes proches de Poutine, ses amis, ses associés et les gardiens de l’argent de la mafia ».
Lors de son discours d’une douzaine de minutes, Mme Navalnaïa - préoccupée par le fait qu’aucune des mesures restrictives de l’UE n’ait permis d’aboutir à la fin de la guerre d’agression menée par la Russie en Ukraine - a aussi invité les eurodéputés à s’inspirer de son mari pour se montrer « politiquement novateurs ».
Selon la veuve de l’opposant politique russe, exit les « notes diplomatiques » et autres « déclarations sur des préoccupations » : celles-ci devraient respectivement être remplacées par des « enquêtes sur les systèmes de montage financier » et « une recherche des associés de la mafia dans vos pays, des avocats et des financiers discrets qui aident Poutine et ses amis à cacher de l’argent ».
« Dans cette lutte, vous avez des alliés, des dizaines de millions de Russes qui sont contre la guerre, le mal que Poutine apporte », a-t-elle assuré. Et d’ajouter : « Vous ne devez pas les persécuter, mais, au contraire, travailler avec eux, avec nous ».
« Asphyxier » Poutine
De leur côté, les eurodéputés ont unanimement salué le « courage » et la « détermination » des époux Navalny. Tous ont également condamné - avec une rigueur plus timide chez certains membres de l’extrême droite - la Russie. Quant à Poutine, les partis les plus à droite de l’échiquier politique se sont parfois abstenus de mentionner son nom.
« Alexeï Navalny a montré qu’un homme qui dit 'non' est suffisant pour faire peur à un régime. Vous permettez de maintenir l’espoir d’une Russie libre et démocratique. Nous allons porter cet espoir avec vous », a déclaré Manfred Weber (PPE, allemand).
Pour Valérie Hayer (Renew Europe, française), la meilleure manière de rendre hommage à l’opposant politique russe est de « faire ce qu’il a toujours attendu de nous : renforcer, encore et encore, nos sanctions contre Poutine et ses proches, jusqu’à les asphyxier ».
Le groupe socialiste du PE, rejoint par les partis pro-européens de l’hémicycle, a insisté, par la voix de Pedro Marques (espagnol), sur la nécessité d’une enquête « internationale et indépendante », afin que « tous les responsables du traitement, du suivi et de la détention d'Alexeï Navalny soient poursuivis ».
« Mon mari ne verra pas la belle Russie de l’avenir, mais nous devons la voir, et je ferai de mon mieux pour faire de ce rêve une réalité, pour qu'on l’emporte sur le mal et que ce bel avenir se concrétise », a conclu Ioulia Navalnaïa.
Dans l'attente de mesures
Lors du débat qui a suivi sur le sujet, plusieurs eurodéputés ont aussi mis la question de la défense de l’UE sur la table. L’eurodéputé belge Guy Verhofstadt (Renew Europe), pour sa part, a interpellé la Commission et le Conseil de l’UE sur les mesures qui seront prises pour répondre à la mort de M. Navalny et à la guerre en Ukraine, les accusant de n’apporter aucune solution.
« Le sujet, c’est ‘quelles sont les actions qui seront prises par l’UE’, comment elle réagira au meurtre de Navalny. Vous venez là, au nom du Conseil, de la Commission, pour applaudir Ioulia, mais vous n’avez strictement rien à dire quant aux mesures que l’on va prendre (…) Je veux une vraie stratégie contre la Russie, je ne veux pas de ces beaux applaudissements, ‘bravo Ioulia’ et on ne fait rien du tout », a déclaré l'élu flamand.
À son initiative, 82 députés européens, principalement issus des rangs du groupe des libéraux, mais aussi des groupes PPE, S&D, CRE, Verts/ALE et NI, avaient appelé l’UE, dans une lettre datée du 20 février à destination du Haut Représentant de l’UE, à adopter de nouvelles mesures contre les responsables du décès d'Alexeï Navalny (EUROPE 13355/3).
Les eurodéputés appelaient, dans la missive, à l’adoption de nouvelles mesures dans le cadre du régime mondial de sanctions de l'UE en matière de droits de l'homme, et que celles-ci soient adressées à « toutes les personnes impliquées dans l'agonie d'Alexeï dans le goulag de Poutine, y compris les directeurs de prison, les gardiens, les officiers de police, les procureurs et les juges ». Ils suggéraient aussi qu’un nouveau paquet de sanctions contre l’« épine dorsale du régime Poutine » soit lancé immédiatement, sur la base de la liste fournie par M. Navalny il y a deux ans et qui contient plus de 6 000 personnes.
Voir la résolution sur l’assassinat d’Alexeï Navalny, qui sera soumise aux voix du PE le 29 février : https://aeur.eu/f/b2a (Thomas Mangin)