Les eurodéputés à droite et à gauche de l'hémicycle se sont de nouveau divisés, mercredi 4 octobre, à l'occasion d'un débat au Parlement européen, sur la proposition de la Commission de renouveler pour dix ans l'autorisation de la substance active glyphosate dans l'UE en laissant le soin aux États membres de prendre des mesures d'atténuation des risques. Cependant, seuls les groupes Verts/ALE et La Gauche sont unis pour demander, au nom du principe de précaution, que le Parlement se prononce pour l'interdiction de l'herbicide total très controversé, le plus utilisé en Europe comme dans le monde.
Une objection sera déposée par les Verts/ALE, très inquiets pour la biodiversité et du fait que l'ECHA n'ait pas retenu toutes les études sur le cancer, a précisé l'Allemande Jutta Paulus.
Tandis que les groupes PPE, CRE et ID soutiennent majoritairement la proposition, le groupe S&D est en majorité contre et Renew Europe dit vouloir une proposition révisée.
La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides a réitéré que son projet de règlement d'exécution se fondait sur « une analyse approfondie des risques » par les quatre États membres rapporteurs et l'EFSA, laquelle « n'a pas identifié de domaines de préoccupation critique », a-t-elle rappelé.
Estimant que la Commission a fait preuve de prudence en proposant 10 ans et non 15, elle a assuré qu'un suivi permanent aurait lieu et « qu'en cas de nouvelles données », la Commission agira immédiatement pour procéder au retrait de l'autorisation.
Et d'affirmer : « Les États membres, la Commission et les Agences (EFSA et ECHA : NDLR) ont agi conformément à la législation et en pleine transparence. C’est la science qui prédomine ».
Au nom du Conseil, le secrétaire d'État espagnol par intérim, Pascual Navarro Ríos, est sur la même ligne. Il a appelé à « reconnaître la valeur du travail de l'EFSA, dont l'indépendance a été renforcée en 2019 », et s'est dit « convaincu que l'EFSA et les États membres suivront les progrès scientifiques en examinant tous les aspects et réexamineront la décision, le cas échéant, pour garantir la sûreté alimentaire et la protection de l'environnement ».
Il a rappelé que les travaux avancent sur la proposition de règlement 'Utilisation durable des pesticides' et que les États membres ont appelé à l'accélération de la procédure d'approbation des pesticides non chimiques.
Peter Liese (PPE, allemand) a invoqué la sécurité alimentaire pour soutenir la proposition. « Si on retire un pesticide important, cela coûtera encore plus cher de produire des denrées alimentaires », a-t-il fait valoir. Même argumentation chez Mazaly Aguilar (CRE, espagnole).
Jiří Pospíšil (PPE tchèque), quant à lui, s'est déclaré contre la proposition, compte tenu « des doutes sur la sécurité du glyphosate » qui appellent à « la prudence ».
Outre ses liens avec la maladie de Parkinson, à laquelle les agriculteurs sont particulièrement vulnérables, le glyphosate est mauvais pour l'agriculture et la biodiversité, a souligné Mohammed Chahim (S&D, néerlandais). « Certains oiseaux ne retrouvent pas leur nid, les abeilles sont privées de fleurs à nectar. Il est irresponsable d'attendre d'être sûr à 100% que le glyphosate est nocif pour l'interdire ».
Selon Pascal Canfin (Renew Europe, français), « un renouvellement de 10 ans sans conditions de restrictions d’usage est inacceptable ». « Nous attendons une nouvelle proposition plus équilibrée pour permettre des restrictions d’usage », a-t-il dit.
« Combien de morts vous faut-il pour l'interdire (le glyphosate: NDLR) alors que l'OMS l'a classé comme cancérogène probable pour l'homme, que plus de 10 000 plaintes ont été déposées aux États-Unis et que Bayer a déboursé des milliards d'euros pour dédommager les victimes du Round up. De qui se moque-t-on, Mme Kyriakides ? », a lancé Michèle Rivasi (Verts/ALE, française) à la commissaire européenne. Et de rappeler que les coformulants dans le produit fini rendent la substance active 1 000 fois plus dangereuse.
Rien n'a ébranlé Mme Kyriakides, selon qui « la Commission européenne applique toujours le principe de précaution, raison pour laquelle l'évaluation approfondie des risques a été effectuée dès la première autorisation, comme en 2017, comme pour cette proposition de renouvellement ». (Aminata Niang)