Les représentants de 16 États européens, ainsi que la commissaire européenne à l'Énergie, Kadri Simson, ont échangé sur le développement de l’industrie du nucléaire dans la perspective de la transition énergétique européenne et de la réduction de la dépendance à l'égard du gaz russe, mardi 16 mai à Paris, dans le cadre de l’Alliance pour le nucléaire et à l’initiative de la ministre française de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher.
Lors de cette réunion formelle entre pays « soutenant » le développement du nucléaire en Europe, ceux-ci ont signé une déclaration commune dans laquelle ils se sont engagés à « préparer une feuille de route sur la manière dont le nucléaire visera à atteindre les objectifs de neutralité carbone dans les 30 ans qui viennent », a expliqué Agnès Pannier-Runacher.
« Nous estimons aujourd’hui que l’énergie nucléaire peut fournir jusqu’à 150 GW d’électricité à l’Union européenne d’ici 2050 (contre 100 GW aujourd’hui), ce qui nécessite 30 à 45 nouveaux réacteurs de forte puissance, le développement de petits réacteurs modulaires et 450 000 recrutements », a-t-elle ajouté.
Cette Alliance pour le nucléaire, qui s’était déjà réunie à Stockholm (EUROPE 13131/7) et à Bruxelles, lors du dernier Conseil ‘Énergie’ (EUROPE 13151/33), réunit les pays d’Europe souhaitant s’appuyer sur l’énergie nucléaire ou la considérer dans leur mix énergétique. Elle comprend la Belgique, la Bulgarie, la Croatie, la République tchèque, l'Estonie, la Finlande, la France, la Hongrie, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovénie, la Suède et la Slovaquie.
Cette fois, la Suède, qui avait précédemment décidé de rester neutre, a bien envoyé un représentant, l’Italie s’est jointe à la réunion en tant que 'pays observateur' et le Royaume-Uni a également été convié.
Dans leur déclaration commune, les pays membres de l’Alliance ont appelé l’UE et les partenaires internationaux « à prendre en compte la contribution de toutes les sources d’énergie abordables, fiables, non fossiles et sûres pour atteindre la neutralité climatique d’ici 2050 », mais également garantir la souveraineté et l’indépendance énergétique à l’égard de pays tiers, comme la Russie.
Ils abordent également les enjeux de développement de la chaîne d’approvisionnement industrielle et de la recherche et du développement, notamment pour la construction de nouveaux grands réacteurs et de petits réacteurs modulaires (SMR) dans l’UE, mais mettent aussi l’accent sur la sûreté et la gestion des déchets radioactifs.
Ces pays insistent ensuite sur la formation et les compétences, avec une industrie nucléaire européenne qui prévoit de créer d’ici 2050 « 300 000 nouveaux emplois directs, indirects et induits ».
Le secteur nucléaire européen prévoit enfin une augmentation de la contribution de l'industrie nucléaire au PIB de 92 milliards d'euros supplémentaires (1,5 à 2% de l'économie de l'UE) et un excédent commercial de 33 milliards d'euros dans l'UE, « par rapport au maintien d'une capacité de 100 GW d'ici à 2050, et notamment grâce à une réduction substantielle des importations d'énergie fossile », indique la déclaration. (Pauline Denys)