Les ministres des Finances des pays de la zone euro évoqueront la question de l'inflation nourrie par les profits des entreprises, la ratification de la réforme du 'Mécanisme européen de stabilité' (MES) ainsi que l'interopérabilité d'un potentiel euro numérique, lundi 15 mai à Bruxelles, deux semaines après la réunion de l'Eurogroupe à Stockholm (EUROPE 13172/6).
La situation macroéconomique en zone euro est toujours marquée par un ralentissement au premier semestre 2023 de l'activité, même si les craintes d'une récession passagère sont écartées. L'inflation décroît, mais reste trop élevée, tandis que l'inflation sous-jacente (hors prix des denrées alimentaires et de l'énergie) continue, au contraire, d'augmenter.
Dans ce contexte, les ministres évoqueront la question de la hausse des prix nourrie par les profits des entreprises, à la lumière des déclarations de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, après que l'institut monétaire a encore relevé ses principaux taux directeurs début mai (EUROPE 13175/9). Mme Lagarde avait constaté que les bénéfices des entreprises de 2022 avaient contribué à l'inflation et qu'en 2023, ce sont les augmentations de salaire qui contribuent le plus à l'inflation. Elle avait espéré ne pas assister à « un bras de fer » ('tit-for-tat') entre le camp des travailleurs réclamant des hausses de salaire et celui des entreprises, qui ne veulent pas renoncer à leurs profits malgré l'inflation élevée, auquel cas la BCE serait contrainte de prendre des mesures plus énergiques de politique monétaire.
Selon une source européenne qui s'est exprimée lundi 8 mai, le gonflement des profits des entreprises pose la question du bon fonctionnement des politiques de concurrence.
Cette discussion s'inscrira dans un débat ministériel plus large concernant les défis structurels posés au secteur privé dans un contexte de tensions géopolitiques exacerbées.
Union bancaire. En format élargi, l'Eurogroupe fera le point sur les travaux visant à approfondir l'union bancaire en zone euro, après que la Commission a présenté son paquet législatif 'CMDI' pour un renforcement du cadre européen de gestion de crise bancaire (EUROPE 13164/7, 13163/2). Ce dossier sera à l'ordre du jour du Conseil 'Écofin', mardi 16 mai.
Lundi, le président du 'Conseil de résolution unique' (SRB), Dominique Laboureix, évoquera les travaux en cours en matière de préparation des grandes banques européennes à une résolution en cas de défaillance. Fin avril, devant quelques journalistes, il avait appuyé la proposition 'CMDI' de recourir aux régimes nationaux de garantie des dépôts bancaires pour financer, sous conditions strictes et si l'intérêt public le requiert, la résolution d'une banque de taille moyenne défaillante.
Pourraient aussi être abordés lundi les risques prudentiels liés à une volatilité des dépôts décuplée par les nouvelles technologies, à la lumière des récentes faillites bancaires observées aux États-Unis. Toutefois, selon cette source européenne, légiférer au niveau européen sur cette question demeure une question hypothétique.
Toujours sur l'union bancaire, l'Eurogroupe s'attend à ce que le ministre italien, Giancarlo Giorgetti, clarifie les intentions de son pays concernant la réforme du MES, le fonds de sauvetage permanent de la zone euro, que seule l'Italie n'a pas ratifiée (EUROPE 13172/7).
L'on s'attend à ce que les accords politiques agréés par un gouvernement national précédent soient honorés par leur successeur, a indiqué cette source européenne.
Euro numérique. Enfin, les ministres continueront leur série de discussions thématiques autour du projet d'euro numérique. Ces discussions porteront particulièrement sur les aspects internationaux de ce projet que pilote la BCE (EUROPE 13168/23), notamment sur l'interopérabilité de l’euro numérique avec d'autres projets de monnaie numérique de centrale numérique développés par d'autres pays.
Enfin, comme à Stockholm, l'Eurogroupe évoquera les initiatives à long terme du chantier de l'union des marchés de capitaux, mais sans se saisir des textes législatifs déjà sur la table. (Mathieu Bion et Émilie Vanderhulst)