Les eurodéputés, réunis en séance plénière à Strasbourg, ont adopté, mercredi 10 mai, deux rapports concernant la Serbie et le Kosovo. Outre des travaux et réformes à mener par les deux pays dans différents domaines, les rapports adoptés insistent d'abord sur le besoin de voir les relations se normaliser entre Belgrade et Pristina, faute de quoi l’adhésion à l’UE restera une perspective lointaine.
Les deux rapports appellent ainsi les deux pays à obtenir « sans délai » un accord global et juridiquement contraignant sur la normalisation de leurs relations, qui reposerait sur le principe de reconnaissance mutuelle.
La Serbie doit s'aligner sur la position de l'UE envers la Russie
Dans le détail, le rapport sur la Serbie, adopté par les eurodéputés par 508 voix contre 76 et 37 abstentions, appelle Belgrade à s’aligner sur la politique et les sanctions de l’UE contre la Russie, dans un contexte de guerre d’agression menée par cette dernière en Ukraine. Les eurodéputés estiment que ceci est également une condition sine qua non pour que les négociations relatives à l’adhésion du pays à l’UE puissent progresser.
Par ailleurs, le rapport pointe aussi la rhétorique anti-UE - et pro-russe - diffusée par les médias « contrôlés par le gouvernement et les fonctionnaires du gouvernement ». Dans l’éventualité où la « politique antidémocratique » se poursuivait, les eurodéputés préconisent que l’UE reconsidère l’ampleur de l’aide financière qu’elle accorde à la Serbie.
Au chapitre des fonds européens envoyés à Belgrade, le rapport insiste pour que toutes les dépenses de l'UE soient pleinement conformes aux objectifs stratégiques et aux intérêts de l'UE.
Tout n’est cependant pas négatif, indique le rapport, qui note des progrès en matière d’État de droit, de droits fondamentaux et de fonctionnement des institutions démocratiques.
« Ce rapport émet un certain nombre de critiques tout en soutenant la voie de l'UE de la Serbie, une voie sur laquelle ses dirigeants se sont engagés après les élections de 2022. Je salue le retour de l'opposition à l'Assemblée nationale serbe », a commenté le rapporteur, Vladimír Bilčík (PPE, slovaque).
Kosovo, des progrès dans la lutte contre la corruption, des efforts à faire pour la justice
Du côté du Kosovo, le rapport adopté (452 voix pour, 87 contre, 76 abstentions) souligne que le processus d’adhésion du pays - qui a fait sa demande le 15 décembre 2022 - dépendra des progrès réalisés en matière d’État de droit, de droits fondamentaux et d'amélioration de l'ordre juridique du pays.
En outre, le rapport revient sur la conclusion de l’accord sur la libéralisation des visas pour les citoyens kosovars (EUROPE 13164/19). « Nous sommes enfin heureux de confirmer que la libéralisation des visas tant attendue sera accordée à tous les citoyens du Kosovo à partir du 1er janvier 2024 », a déclaré le rapporteur, Viola von Cramon-Taubadel (Verts/ALE, allemande).
Le rapport pointe également le fait que, si des progrès ont été réalisés dans le domaine de la lutte contre la corruption, d’autres doivent être faits dans le domaine du système judiciaire.
Par ailleurs, le rapport appelle aussi le gouvernement du Kosovo et les représentants des Serbes du Kosovo à s'engager dans un véritable dialogue. Toujours au chapitre des minorités, les eurodéputés regrettent que les initiatives visant à impliquer la communauté serbe dans les structures politiques, sociales et économiques du Kosovo restent « très limitées » (EUROPE 13168/7).
« Le rapport appelle aussi clairement à la pleine mise en œuvre de tous les accords pertinents dans le cadre du dialogue Serbie-Kosovo, y compris la création de la Communauté/Association des municipalités à majorité serbe (EUROPE 13175/6). J'espère sincèrement que l'accord d'Ohrid sera bénéfique pour le Kosovo et contribuera à la poursuite de la normalisation des relations avec la Serbie (EUROPE 13174/20) », a conclu Mme von Cramon-Taubadel. (Thomas Mangin)