Les députés du Parlement européen admettent que les agriculteurs sont continuellement appelés à faire face aux défis du changement climatique (sécheresses, inondations, dégradation des sols…), mais ils se sont montrés divisés lors d’un débat, mercredi 10 mai à Strasbourg, sur les remèdes à apporter pour relever les défis de la 'transition verte'.
Le souhait du groupe PPE de jeter aux oubliettes le texte sur l’utilisation durable des pesticides et la loi sur la restauration de la nature a été vivement critiqué par les eurodéputés des groupes S&D, La Gauche et Verts/ALE (EUROPE 13176/7).
Le groupe Renew Europe estime qu’il ne faut pas opposer les sujets agricoles et écologiques. « Mon groupe a le bon curseur », avait résumé mardi 9 mai le président du groupe, le Français Stéphane Séjourné, devant la presse.
« L'orientation politique fournie par le Conseil vise à garantir que les circonstances sensibles et particulières du secteur agricole seront dûment prises en compte dans les discussions à venir », a relevé la Présidence suédoise du Conseil, représentée par Jessika Roswall. La Présidence suédoise organisera une conférence en Suède axée sur la manière dont la PAC peut contribuer à la réalisation d'ambitions élevées en matière d'environnement et de climat, « tout en garantissant une augmentation de la production et une agriculture résiliente ».
Aider les agriculteurs. Cette transition verte ne peut pas se faire sans les agriculteurs, a souligné Mairead McGuinness, commissaire européenne aux Services financiers.
Or, pour assurer la sécurité alimentaire, « nous avons besoin d'un système agroalimentaire résilient », et donc, d'une transition verte. « Relever les défis de la durabilité nous permettra de garantir la sécurité alimentaire non seulement pour demain, mais aussi pour le long terme. Et je pense que nous savons tous que le temps est un facteur essentiel », a insisté la commissaire.
Elle a reconnu les difficultés qu’entraînent certaines des propositions du 'Pacte vert européen', et a suggéré d’examiner toutes les propositions et de voir comment elles fonctionnent ensemble, « plutôt que de les considérer séparément ».
« Nous souhaitons entamer des discussions approfondies avec vous afin d'élaborer les meilleures mesures législatives possible pour garantir la productivité de l'agriculture de l'UE aujourd'hui et à l'avenir », a assuré la représentante de la Commission. Sans l’adoption des législations (restauration de la nature et utilisation durable des pesticides), « les moyens de subsistance des agriculteurs et, en fait, la sécurité alimentaire seront mis en péril, c'est ce que la science nous dit », a encore souligné Mairead McGuinness.
Négationnisme climatique. Pour Iratxe García Pérez (S&D, espagnole), « la science laisse de moins en moins de place au négationnisme climatique de la droite et de l'extrême droite ». Elle s'est demandé quel sera l'avenir de l'agriculture, si les politiques négationnistes transforment les écosystèmes en déserts. Elle a jugé dangereux le fait de vouloir rejeter deux objectifs majeurs de la Commission (réduction de l'utilisation des pesticides, reconstruction d'un cinquième des habitats détruits dans l'UE d'ici à 2030). La préservation des terres et de l'activité agricole ne peut être l'otage de calculs électoralistes, a conclu l'Espagnole.
Martin Häusling (Verts/ALE, allemand) a critiqué « les manigances » du PPE et lui a reproché de ne pas parler de la perte de la biodiversité ou du gaspillage alimentaire. « Nous soutenons la Commission, nous avons besoin d'une révolution agricole dès aujourd'hui », a martelé M. Häusling.
Pascal Canfin (Renew Europe, français) a critiqué « l'offensive » du camp conservateur contre le 'Pacte vert'.
Décroissance agricole. Herbert Dorfmann (PPE, italien) a estimé que son groupe ne pouvait pas soutenir les propositions sur la réduction des pesticides et la restauration de la nature en raison de l'approche suivie par la Commission. Il ne faut pas dénigrer les agriculteurs, a-t-il noté.
La stratégie 'de la ferme à la table' entraînerait une décroissance agricole de 15%, si on l’appliquait, a estimé le Français Gilles Lebreton, au nom du groupe ID.
L’Italien Nicola Procaccini, au nom du groupe CRE, a souligné le besoin de ne pas mettre en péril la résistance des agriculteurs « au nom de fausses idéologies écologistes », comme le remplacement de la chair animale par de la viande artificielle produite en laboratoire ou la commercialisation de farines de vers, « que la Commission a confiée à une multinationale vietnamienne en situation de monopole ». (Lionel Changeur)