« Où est l'unité ici ? Il n'y a pas d'unité dans ce Parlement en ce qui concerne les relations de l'UE avec la Chine », a déploré le Haut représentant de l'Union pour les Affaires étrangères, Josep Borrell. Il s'est adressé aux eurodéputés, mardi 22 novembre, sur les relations UE/Chine.
Il a aussi demandé aux élus de ne pas accuser la Commission européenne de n'avoir rien fait pour défendre les intérêts de l'Union face à Pékin. Il a cité les différentes initiatives législatives proposées et adoptées ces dernières années, notamment dans la politique commerciale, comme le filtrage des investissements étrangers, le règlement sur les subventions étrangères déloyales, le futur outil anti-coercition, etc.
Pour Josep Borrell, il faut être réaliste : l'UE ne veut et ne peut pas stopper net ses relations commerciales et diplomatiques avec la Chine. « Lorsque des marchandises d'une valeur de deux mille milliards de dollars sont échangées chaque jour entre l'Europe et la Chine, notre relation a son importance ».
Il faut, certes, réduire les dépendances envers la Chine, mais il faut aussi garder à l'esprit que la transition écologique ne pourra pas se faire sans la Chine. Il a notamment pris l'exemple des panneaux solaires, fabriqués en majorité dans ce pays et convoités par les Européens.
Alors que plusieurs députés ont critiqué la visite du chancelier allemand, Olaf Scholz, à Pékin, début novembre (EUROPE 13057/13), M. Borrell l'a défendu. « N'est-il pas normal que le chancelier allemand, qui exporte 3% ou plus de ses produits en Chine, s'y rende ? », a-t-il interrogé.
Plusieurs élus de tous bords politiques ont aussi exprimé leurs inquiétudes quant à la récente décision allemande d'autoriser l'achat de parts dans un terminal du port d'Hambourg par l'entreprise chinoise Cosco. « Le port d'Hambourg va-t-il devenir le nouveau Nord Stream 2 ? », a interrogé Juan Ignacio Zoido Álvarez (PPE, espagnol).
Le député des Verts/ALE Reinhard Bütikofer (allemand) s'est dit déçu du discours de Josep Borrell. « Pourquoi ne pas prendre l'initiative de se débarrasser de l'accord d'extradition que nous avons avec la Chine et utiliser le Service européen de l'Action extérieure pour contrer les représentants chinois qui diffusent les mensonges russes dans les pays du Sud ? Il y a tellement de choses que vous pourriez faire, mais vous ne prenez tout simplement pas les devants ».
L'intervention de M. Borrell s'est voulue très nuancée sur la Chine, mais les États membres envisagent d'adopter un nouveau paquet de sanctions contre des officiels chinois responsables des violations commises dans la province du Xinjiang, d'après une source européenne. (Léa Marchal)