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Bulletin Quotidien Europe N° 12973
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CARTE BLANCHE / Carte blanche

Renforcer la démocratie est essentiel pour assurer à l’Europe un avenir pacifique - par Christa Schweng et Roger Casale

À l’ouverture de la conférence sur l’avenir de l’Europe en 2021, l’Europe était en paix, comme elle l’était depuis la fin de la guerre en ex-Yougoslavie dans les années 1990. Si l’invitation à engager une conversation sur l’avenir de l’Europe semblait ambitieuse il y a un an, imaginez ce qu’il en est dans le contexte actuel.

En réalité, l’occasion n’a sans doute jamais été aussi propice de parler de l’avenir de l’Europe et, en particulier, de celui de la démocratie sur notre continent. La démocratie est le fondement de la coexistence pacifique en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Elle est la clé qui permet de comprendre ce qui rend les sociétés européennes si performantes, si attrayantes et si résilientes.

Comment pouvons-nous améliorer le fonctionnement de la démocratie en Europe ? Quels enseignements avons-nous tirés de la conférence sur l’avenir de l’Europe ? Et quel héritage celle-ci laissera-t-elle ?

Une évaluation équilibrée

Deux écueils sont à éviter au moment d’évaluer la conférence sur l’avenir de l’Europe : en parler trop et ne pas insister assez sur ses réalisations.

Pour de nombreuses personnes, la conférence s’apparentait à une occasion unique d’imprimer leur marque sur l’avenir de l’Union européenne. Nous devrions nous féliciter du fait que tant de citoyens y aient participé. Et nous devrions par-dessus tout écouter clairement ce qu’ils avaient à dire.

Bon nombre des recommandations formulées par les citoyens ne nécessitent pas de modification des traités (ce que réclament avec force certains responsables politiques). En réalité, dans de nombreux domaines, des travaux sont déjà en cours au sein des institutions pour répondre à ces préoccupations.

Il se peut même que des voix plus sceptiques au sein de la Commission européenne soient devenues plus ouvertes aux contributions politiques des citoyens au cours de l’année. Au début de l’exercice, certains responsables nous disaient : « Nous travaillons déjà sur ces politiques. À quoi la conférence pourrait-elle bien servir ? » À la fin du processus, le message était plus nuancé : « Nous travaillons sur ces thématiques, et nous avons appris des citoyens que nous pouvions le faire mieux ».

Outre sa contribution aux axes de travail actuels, la conférence a fourni à la Commission de nombreux éléments de réflexion en ce qui concerne ses futurs programmes de travail. Une telle reconnaissance permet de mesurer le succès de la démarche. Elle constitue une base sur laquelle poursuivre nos travaux.

Enseignements tirés

Tout processus de dialogue réel avec les citoyens nécessite un mécanisme de retour d’information pour asseoir sa légitimité. C’est pourquoi il est si important que la Commission européenne instaure un mécanisme permettant de suivre les recommandations formulées par les citoyens. Pour ce faire, il convient de créer un tableau de bord des recommandations d’action, puis de l’utiliser pour déterminer la suite qui sera réservée aux propositions, comme le demande le Comité économique et social européen depuis le début de la conférence.

Tous les participants à la conférence doivent pouvoir constater que leur énergie, leur engagement, et surtout leurs idées ont fait bouger les choses. La transparence, de même qu’une représentation équitable sont des facteurs clés d’une démocratie participative. Le tableau de bord permettrait à toutes les parties prenantes de consulter l’état d’avancement des mesures de suivi. Si une proposition n’est pas retenue, il y a lieu d’expliquer pourquoi afin d’assurer un maximum de transparence.

Une deuxième leçon à tirer est que le laborieux travail consistant à collecter les propositions, à les interpréter et à assurer leur contrôle et leur suivi nécessite le soutien et l’intervention d’experts. À cet égard, le groupe de travail sur la démocratie recommande de s’appuyer sur les structures préexistantes. La société civile organisée, sous l’égide du Comité économique et social européen, sera l’un des principaux acteurs de ce processus de suivi. Il est essentiel que les personnes chargées de mettre en place et d’animer les panels consultatifs et d’autres exercices participatifs aux niveaux régional, national et européen soient politiquement neutres et possèdent le niveau d’expertise nécessaire. 

Une méthodologie cohérente est essentielle pour recueillir les précieuses contributions des citoyens. C’est la raison pour laquelle le Forum du peuple d’Europe a décidé d’établir, sur une base permanente, un Centre pour une démocratie citoyenne européenne. Il s’agit d’une réponse directe à l’appel lancé par les citoyens lors de la conférence en faveur d’un renforcement de la démocratie en Europe à tous les niveaux. Le Centre pour une démocratie citoyenne européenne s’appuiera sur des réseaux de professionnels, d’instituts de recherche sur la démocratie et d’institutions de la société civile, y compris nombre des structures existantes. Le Comité économique et social européen sera invité en tant qu’un des principaux acteurs du Centre.

Un troisième enseignement est que nous n’en sommes encore qu’aux prémices de l’exercice consistant à atteindre la majorité des citoyens européens qui vivent en dehors de la « bulle bruxelloise ». Nous devons continuer à construire la discussion sur l’avenir, en particulier dans les régions d’Europe où l’intérêt et l’engagement sont les plus faibles.

Un héritage durable

Aujourd’hui, nous sommes confrontés non seulement au triple défi que constituent la relance post-Covid-19, le changement climatique et la guerre en Ukraine, mais aussi à un déficit de participation des citoyens. Durant la pandémie de Covid-19, les gouvernements ont instauré des mesures de plus en plus invasives pour contenir le virus. Celles-ci ne peuvent porter leurs fruits que si elles recueillent l’adhésion des citoyens. La lutte contre le changement climatique nécessite d’insuffler à une plus grande échelle encore des changements de comportement de la part de tous les citoyens.

Dans le même temps, la guerre en Ukraine a montré une fois de plus que la plus grande force d’une nation est sa population, et surtout sa recherche de liberté. La démocratie est le canal par lequel cet amour de la liberté peut s’exprimer.

Il est temps pour les gouvernements européens d’oser un renforcement de la démocratie, de s’appuyer sur le succès incontestable de la conférence sur l’avenir de l’Europe et d’exploiter pleinement les meilleurs mécanismes et méthodologies disponibles pour donner également la parole aux citoyens entre les élections, et non pas uniquement au moment d’élire leurs dirigeants.

Il est temps que l’Europe joue un rôle moteur à l’échelle mondiale pour montrer comment le pouvoir de la démocratie peut être libéré et mis en œuvre afin de relever les multiples défis auxquels sont confrontées des sociétés complexes, au service du bien commun.

Enfin, il est temps de trouver un moyen d’offrir durablement aux citoyens les moyens de s’exprimer sur l’avenir de l’Europe et de le façonner.

Christa Schweng est présidente du Comité économique et social européen et Roger Casale est président du Forum du peuple d’Europe (EPF)

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