Intervenant en tant que ministre des Finances irlandais, Paschal Donohoe, a vu d'un bon œil l'idée d'introduire, dans les règles budgétaires de l'Union européenne, une règle plafonnant les dépenses publiques nominales ('expenditure rule'), mercredi 11 mai, lors d'un débat avec la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
« Je pense que l'idée est bonne », a-t-il répondu à une question de Marek Belka (S&D, polonais) sur cette mesure qui devrait être, « de préférence, aussi simple possible ». Il a indiqué qu'une réforme du Pacte de stabilité et de croissance incluant un plafond pour les dépenses publiques nominales ne modifierait pas la situation en Irlande dans la mesure où le gouvernement l'applique déjà avec succès depuis 2020, avec un seuil d'augmentation des dépenses de « 5% par an approximativement ».
En juillet 2021, le Parlement européen s'est exprimé en faveur d'une telle mesure lorsqu'il a arrêté sa position sur une réforme du cadre européen de gouvernance économique (EUROPE 12758/4).
Les Portugaises Margarida Marques (S&D) et Lídia Pereira (PPE) ont questionné le ministre sur l'opportunité d'élaborer de nouveaux instruments financiers au niveau européen pour répondre aux besoins d'investissement colossaux à venir. M. Donohoe s'est montré très prudent. En tant que ministre d'un pays qui serait contributeur net à ces instruments, la priorité est de démontrer que les instruments que nous avons créés - surtout le Plan de relance européen - fonctionnent et changent la donne avant de démarrer une discussion sur de nouveaux outils, a-t-il mis en garde.
Le ministre irlandais des Finances a exposé la façon dont son pays avait rétabli ses finances publiques et sa crédibilité auprès des investisseurs, après avoir mis fin à trois années de tutelle financière européenne en 2013 (EUROPE 10984/16).
L'une des clés, a-t-il estimé, est de combiner un niveau soutenu de croissance avec une maîtrise des dépenses publiques. Il a notamment fait valoir que son pays maintenait des excédents budgétaires primaires (hors service de la dette) depuis « six ans » et allait emprunter très peu sur les marchés, voire pas du tout, malgré l'incertitude économique actuelle pour l'UE liée aux conséquences de l'invasion russe de l'Ukraine. Et cette politique irlandaise sera appliquée quelle que soit la décision que la Commission européenne prendra concernant l'application du Pacte de stabilité à partir du 1er janvier 2023, a souligné M. Donohoe.
L'Irlande prévoit une croissance de 4,25% du PIB en 2022, après 13,7% en 2023, et une dette publique inférieure à 56,0% du PIB cette année, contre 58,4% l'année prochaine.
À son compatriote Mick Wallace (La Gauche) qui pointait « l'échec » du gouvernement irlandais en matière de logement abordable à Dublin, M. Donohoe a rétorqué que des milliers de logements seraient livrés en 2022, citant plusieurs quartiers de Dublin concernés.
Les autorités irlandaises auront remboursé 75% de leurs emprunts auprès des fonds de sauvetage (EFSF et EFSM) de la zone euro en 2031. Elles ont totalement remboursé ceux contractés auprès du FMI. La fin de tous les remboursements est programmée en 2042. (Mathieu Bion)