Bruxelles, 13/12/2013 (Agence Europe) - La Commission européenne a salué, vendredi 13 décembre, le succès du programme d'ajustement macroéconomique irlandais, preuve qu'avec « détermination et le soutien de ses partenaires, on peut sortir plus fort de cette crise profonde », selon le président de l'institution, José Manuel Barroso.
Vendredi, Dublin était à l'avant-veille de la sortie de son plan d'assistance financière de 85 milliards d'euros décidé en 2010, et a reçu un dernier satisfecit des créanciers, ouvrant la voie au versement des dernières tranches du FMI et du FESM (respectivement 600 et 800 millions d'euros). Le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan, a tout de même prévenu: cette sortie ne signifie pas que le pays a parcouru tout le chemin, « mais un jalon très significatif sur la route ». Pas de révolution dans la politique économique, du moins en substance. Le ministre a rappelé que le pays s'était engagé à appliquer davantage de consolidation budgétaire afin de rester dans les clous. Le pays doit en effet ramener son déficit sous le seuil de 3% du PIB en 2015. La 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) n'aura plus de prise sur les politiques économiques du gouvernement mais continuera des missions semestrielles à mandat réduit jusqu'à ce que le pays ait remboursé 75% de l'aide, c'est-à-dire jusque 2031 au plus tôt.
Dans son dernier rapport de suivi publié vendredi, elle met toutefois en garde. L'objectif de réduction du déficit pour 2015 n'est pas encore « étayé par des mesures (…) et repose sur l'hypothèse d'une consolidation budgétaire d'environ 2 milliards d'euros (1,1% du PIB) ». Or, les prévisions du trio institutionnel révèlent que pour atteindre ces objectifs, l'effort devra plutôt être de l'ordre de 2,5 milliards d'euros.
Dans les derniers mois, l'Irlande a joué la stratégie, elle a levé des fonds sur les marchés, où les taux d'intérêts ont considérablement chuté, et a pu accumuler des réserves de l'ordre de 20 milliards d'euros (selon les estimations de fin 2013). Pour la 'troïka', cela constitue « un filet de sécurité significatif contre les risques externes et internes ». Sa requête auprès de ses partenaires européens, qui lui a permis d'obtenir l'extension des maturités des prêts, a également diminué ses besoins d'emprunt dans le futur. Elle a pu également éviter la ligne de crédit préventive du Mécanisme européen de Stabilité (MES). Les autorités irlandaises craignaient les mesures conditionnelles qu'elles auraient dû appliquer en échange d'un tel soutien. La compétitivité du pays a également été restaurée. Toutefois les défis persistent. La reprise reste chétive, 0,3% en 2013 et 1,7% en 2014 et le chômage élevé. La consolidation budgétaire est liée à la croissance, en cas de croissance plus atone que prévu, l'effort devra donc être plus conséquent. La troïka préconise donc la poursuite des mesures structurelles et des politiques en matière d'emploi. Si l'Irlande jouit désormais d'un accès plutôt positif sur les marchés financiers, ceux-ci restent tout de même volatiles.
Dans le secteur financier subsistent certaines vulnérabilités. Le haut niveau de prêts non productifs ('non performing loans') doit être abordé. C'est l'un des facteurs qui plombent la capacité de prêt des institutions bancaires à l'économie réelle, comme les arriérés de paiements des crédits hypothécaires, supérieurs à trois mois.
La dette publique flirte toujours avec des niveaux insoutenables, elle s'élèvera à 124% du PIB cette année. Enfin, le chômage reste élevé, même s'il est tombé à 12,8% du PIB au troisième trimestre de cette année. Le gouvernement irlandais a précisé vendredi que l'emploi était sa priorité première. Le ministre Noonan a par ailleurs laissé entendre dans une interview à l'Irish Times que si les ressources étaient disponibles vers 2015 ou 2016, une diminution de l'impôt sur le revenu serait étudiée pour certains groupes. Vendredi, en conférence de presse, il a salué les efforts des Irlandais, qui sont « les vrais héros et héroïnes » du succès du programme. Un haut fonctionnaire est allé dans ce sens, estimant qu'une des clés avait été « la forte appropriation » du programme par l'Irlande.
Enfin, face au départ de la 'troïka' de créanciers, qui n'a toujours pas bonne presse, il a déclaré à l'Irish Times que la plupart des personnes qui agissaient au nom du trio institutionnel étaient très compétentes et technocratiques, mais « pas très bonnes en politique », faisant allusion à la capacité à mettre en avant des mesures capables de recueillir le soutien populaire, nécessaire au fonctionnement du programme. (EL)