Bruxelles, 13/12/2013 (Agence Europe) - Officiellement, la réunion a pleinement réussi, la réalité est toutefois si peu conforme à ce que produit une communication devenue une pratique courante à Bruxelles. Le décalage était tel que les deux co-présidents - le commissaire Günther Oettinger et le ministre jordanien de l'Énergie, Mohammad Hamed - de la conférence EuroMed sur l'énergie, le 11 décembre à Bruxelles, ont préféré s'esquiver face aux journalistes pour ne pas à avoir à commenter les détails de déclarations triomphalistes préalables.
La présence de onze ministres, outre des Européens, le Jordanien, le Marocain, le Tunisien, le Palestinien et même le Libyen, dont le pays n'a encore qu'un statut d'observateur dans le dialogue euro-méditerranéen, a donné du relief à une rencontre (la troisième du genre dans ce cadre), mais, en même temps, mis en exergue la faiblesse de ses résultats. À noter aussi l'absence du ministre algérien - un « poids lourd » dans ce secteur - et son représentant à la conférence a mis son veto à toute discussion sur d'autres sujets que les énergies renouvelables pour ne pas y englober le pétrole et le gaz. Sujets tabous.
La publication d'une déclaration finale, transformée en « conclusions de la présidence » faute d'accord sur son contenu, n'était pas encore effective deux jours après. Le motif est lié au dossier de Chypre. La Turquie a bloqué des références qu'elle a jugées attentatoires à sa perception politique du dossier.
Officiellement, la conférence a traité du « renforcement de la coopération régionale de l'énergie afin d'assurer un approvisionnement énergétique sûr, durable et abordable et une meilleure efficacité énergétique dans le bassin méditerranéen ». L'objectif sous-jacent de cette coopération est de « favoriser le développement socio-économique et de contribuer à la transition » vers la baisse en émission de carbone et l'efficacité énergétique. Un échange de vues général en somme, au cours duquel les ministres ont analysé et pris acte du « développement d'un marché régional de l'électricité, en soulignant la nécessité d'investir dans des connexions électriques transfrontalières et des infrastructures de transport ainsi que pour la réforme du cadre réglementaire ». La réunion a, selon la Commission, « souligné l'importance des investissements du secteur privé dans les énergies renouvelables, notamment par des partenariats public-privé ». Dans l'ensemble, « un vif intérêt à approfondir le dialogue politique et à renforcer le partenariat énergétique » de l'UE avec les pays tiers méditerranéens » a été exprimé.
Il a fallu attendre le lendemain pour que, en marge du Conseil Énergie, le commissaire Oettinger soit pressé par les journalistes de livrer quelques éléments d'informations, à savoir que la création de ce partenariat inter-méditerranéen bute sur la réalité d'un marché européen de l'énergie encore peu intégré. L'inexistence de synergies entre pays de la rive sud ajoute à l'obstacle.
Le fait qui peut à lui seul caractériser cet échec relatif tient à la non-approbation du « plan solaire méditerranéen », projet phare dont on annonçait le lancement quasi-solennel à cette occasion. Un veto espagnol a fourni la cause ultime de ce blocage - latent depuis plus d'un mois. Officiellement, la réunion du 11 décembre a abouti à un simple report et la poursuite de l'examen de ce projet dont les concepteurs ont affirmé avec force sa « maturité ». Or, sur toute la durée de son processus de mûrissement, depuis l'annonce en novembre 2008 - conférence ministérielle fondatrice à Marseille - le projet a perdu de son attrait. Sa principale visée - exporter sur le marché intérieur européen de l'électricité les excédents d'une production solaire abondante sur la rive sud - s'est avérée irréaliste en raison du coût induit des infrastructures de transport et du prix peu compétitif de l'énergie à livrer. Les réticences sont venues essentiellement des pays de contact géographique des réseaux de transport de l'énergie produite, l'Italie mais surtout l'Espagne qui craignent le risque d'une pression sur leurs marchés intérieurs, a expliqué le commissaire Oettinger qui a indiqué mercredi que l'idée de liaisons par câbles sous-marins directement de la rive sud vers la nord, sans doute la France, est mise à l'étude pour contourner, politiquement et commercialement, le veto espagnol et, techniquement, la faiblesse des interconnexions entre la péninsule ibérique et le reste de l'Europe. (FB)