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Bulletin Quotidien Europe N° 12940
Invasion Russe de l'Ukraine / Énergie

La Commission juge « inacceptable » l’arrêt des livraisons de gaz russes à la Pologne et la Bulgarie et prépare une réponse coordonnée de l’UE

Qualifiant d’« injustifiée et inacceptable » la décision du géant gazier russe Gazprom de suspendre ses livraisons de gaz à la Pologne et à la Bulgarie en raison de leur refus de payer en roubles (la monnaie russe), la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a assuré travailler étroitement avec les États membres à l’élaboration d’une réponse européenne, mercredi 27 avril.

« Nous ne sommes pas surpris que le Kremlin utilise les combustibles fossiles pour essayer de faire du chantage (…) Notre réponse sera immédiate, unie et coordonnée », a ainsi déclaré Mme von der Leyen.

Elle a ensuite annoncé qu’une réunion du ‘groupe de coordination pour le gaz’ – un organe présidé par la Commission et composé notamment de représentants des États membres – a eu lieu dès aujourd’hui, tout en saluant la volonté de la Présidence française du Conseil de l’UE de convoquer une réunion extraordinaire des ministres de l’Énergie des États membres lundi 2 mai.

La Présidente a également exprimé sa confiance en la capacité de l’UE à faire face à cette « nouvelle provocation du Kremlin ».

Selon elle, l’UE est en effet préparée à ce scénario grâce à la multiplication de ses contacts avec des fournisseurs de gaz alternatifs au cours des derniers mois, notamment les États-Unis (EUROPE 12919/2), et à ses mesures pour garantir « les meilleurs niveaux de stockage (de gaz) possible » (EUROPE 12917/7).

« Les États membres ont mis en place des plans d’urgence pour un tel scénario et nous avons travaillé avec eux en coordination et avec solidarité », a en outre déclaré Mme von der Leyen.

Pas de risques à court terme pour la Bulgarie et la Pologne

Les autorités bulgares et polonaises se sont elles aussi voulues rassurantes.

« L’approvisionnement en gaz de la Bulgarie est garanti pendant encore au moins un mois », a ainsi affirmé le ministre bulgare de l’Énergie, Alexandar Nikolov, lors d’une conférence de presse extraordinaire.

S’il n’a pas écarté l’apparition de problèmes après cette période, le ministre a souligné que la saison de chauffage était terminée. Sofia prévoit également des livraisons de gaz plus importantes en provenance d’Azerbaïdjan et poursuivra ses discussions avec la Commission sur les achats communs de gaz, a-t-il également précisé.

« La Pologne dispose des réserves de gaz nécessaires et des sources d’approvisionnement qui protègent notre sécurité (…) Il n’y aura pas de pénurie de gaz dans les foyers polonais », avait assuré de son côté Anna Moskwa, la ministre polonaise du Climat et de l’Environnement, durant une conférence de presse le 26 avril.

Pour Georg Zachmann, spécialiste des sujets énergétiques pour le centre de réflexion Bruegel, l’annonce de Gazprom ne représente en effet pas une réelle menace à court terme pour la sécurité énergétique de ces deux pays.

« Le contrat de la Pologne (avec Gazprom) est de 10 milliards de m3 par an, soit 50% de sa consommation de gaz. Le pays peut y faire face grâce au gaz naturel liquéfié, aux stocks, qui sont remplis à 76%, et à l’ouverture du gazoduc Baltic Pipe (qui permettra le transport de gaz de la Norvège vers les marchés danois et polonais) à la fin de l’année », a-t-il ainsi expliqué à EUROPE.

Portant sur 3 milliards de m3 par an, le contrat avec la Bulgarie représente quant à lui 90% de sa consommation de gaz. Néanmoins, « le gaz étant principalement utilisé pour le chauffage (60% du chauffage et seulement 5% de l’électricité), ce n’est pas un problème à court terme », estime M. Zachmann.

À son sens, la Bulgarie pourrait rencontrer des problèmes l’hiver prochain. Il précise toutefois que le pays « peut s’approvisionner en gaz auprès de la Roumanie et commencera bientôt à importer 1 milliard de m3 par an d’Azerbaïdjan via une nouvelle interconnexion le reliant à la Grèce », ce qui devrait lui permettre de reconstituer ses réserves de gaz, « vides à 85% actuellement ».

Avant l’annonce de Gazprom, les deux pays avaient en outre déjà déclaré ne pas vouloir renouveler leurs contrats avec la société russe à la fin de 2022, a également souligné M. Zachmann, preuve que « les deux pays prévoyaient de toute façon de vivre sans contrat avec Gazprom ».

Nouveau test pour l’unité de l’UE

Pour son collègue Simone Tagliapietra, le plus grand risque actuellement n’est pas celui d’un black-out dans certains États membres, mais plutôt d’assister à une fragmentation de l’UE concernant la réponse à apporter à la demande du Kremlin de payer les livraisons de gaz russe en roubles.

Alors que d’autres pays de l’UE « pourraient subir le même sort que la Pologne et la Bulgarie », s’ils persistent dans leur refus de payer en roubles, la question clé est de savoir si tous les États membres vont suivre les indications de la Commission consistant à payer en euros ou en dollars comme prévu dans les contrats, a ainsi souligné M. Tagliapietra.

La Hongrie, par exemple, s’est déjà dit prête à payer en roubles.

Dix entreprises européennes auraient en outre déjà ouvert des comptes à la Gazprombank pour respecter la demande du Kremlin, selon des informations publiées par Bloomberg.

Questionnée par une journaliste à ce sujet, Ursula von der Leyen a indiqué que tout paiement en rouble pour des livraisons de gaz constituerait « une violation » des sanctions de l’UE à l’égard de la Russie, « si cela n’est pas prévu dans le contrat ».

Et d’ajouter : « Nous avons environ 97% de tous les contrats qui stipulent explicitement des paiements en euros ou en dollars (...) Les entreprises avec de tels contrats ne devraient pas accéder à la demande russe, ce serait une violation des sanctions et, donc, un risque élevé pour les entreprises ».

La présidente a par ailleurs salué la fourniture de gaz à la Pologne et à la Bulgarie en provenance des États membres de l’UE voisins, signe de « l’immense solidarité qui existe entre nous ».

À ses yeux, cela montre que le Kremlin « a échoué une nouvelle fois dans sa tentative de semer la division entre les Européens ».

« Nous resterons unis et nous nous soutiendrons mutuellement tout en éliminant progressivement les importations d’énergie russe », a abondé dans son sens le président du Conseil européen, Charles Michel, sur Twitter. (Damien Genicot)

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