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Bulletin Quotidien Europe N° 12919
CONSEIL EUROPÉEN / Énergie

Washington et la Commission européenne s’accordent sur une augmentation significative des livraisons de GNL américain à l’UE

Dans le but de réduire la dépendance de l’Europe à l’égard de l’énergie russe, les États-Unis vont « s’efforcer » de fournir à l’Union européenne au moins 15 milliards de mètres cubes (bcm) supplémentaires de gaz naturel liquéfié (GNL) en 2022, en collaborant notamment avec des partenaires internationaux, et ensuite environ 50 bcm supplémentaires par an jusqu’en 2030 au moins, ont annoncé la Commission européenne et la Maison-Blanche dans un communiqué commun publié vendredi 25 mars.

Cela représente une augmentation significative par rapport aux livraisons de GNL américain vers l’UE qui s’établissaient à 22 bcm en 2021.

Ces volumes supplémentaires doivent contribuer à l’objectif de la Commission consistant à réduire la dépendance de l’UE à l’égard des combustibles fossiles russes de deux tiers d’ici la fin de l’année, et totalement d’ici à 2027.

« Nous sommes déjà en bonne voie pour nous diversifier en délaissant le gaz russe et en nous approvisionnant auprès de nos amis et partenaires, des fournisseurs sûrs et fiables. Nous devons assurer nos approvisionnements non seulement pour l’hiver prochain, mais aussi pour les années ultérieures », a déclaré à cette occasion la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

En 2021, les exportations de GNL russes vers l’Europe avaient atteint 16 bcm. En ce qui concerne l’ensemble des exportations de gaz russe vers l’Europe, elles sont actuellement de 157 bcm, selon la Commission.

« Avec ce volume de 50 milliards de mètres cubes par an, nous remplaçons un tiers déjà du gaz russe qui arrive en Europe aujourd’hui », a ainsi souligné la présidente de la Commission.

Garantir de la prévisibilité aux entreprises

Questionné sur la capacité des États-Unis à fournir 15 bcm de GNL supplémentaires à l’UE dès cette année (et, donc, aux alentours de 37 bcm au total), un haut fonctionnaire de la Commission a estimé que « l’engagement politique des deux présidents est très clair : c’est un niveau minimum ».

Il s’agit d’établir « un cadre politique » et de fournir des « incitants » aux entreprises sur le long terme, même si les livraisons de GNL restent des « opérations privées », a précisé un autre haut fonctionnaire de l’institution.

Et d’ajouter « Nous travaillons avec les États membres pour assurer une demande stable – c’est ce dont les États-Unis ont besoin – et les États-Unis s’assurent qu’il y a un approvisionnement stable ».

Création d’un groupe de travail conjoint

Dans cette optique, les États-Unis et la Commission vont mettre sur pied un groupe de travail conjoint, présidé par un représentant de la Maison-Blanche et un représentant de la présidente de la Commission, qui sera chargé de définir les paramètres de la coopération UE-USA en matière énergétique et d’en assurer la mise en œuvre.

Quel coût supplémentaire pour l’UE ?

Concernant les coûts pour l’Union, la déclaration conjointe indique que « la formule de calcul du prix des livraisons de GNL à l’UE devrait tenir compte des indicateurs à long terme du marché ainsi que d’une coopération stable entre l’offre et la demande ».

Les deux parties sont ainsi convenues que la formule de calcul du prix devrait tenir compte des prix au comptant du gaz naturel au Henry Hub (Henry Hub Natural Gas Spot Price – le point de référence pour le calcul du prix des contrats à terme de gaz naturel) et d’autres facteurs stabilisateurs.

Selon un haut fonctionnaire de la Commission, cette mention est un gage de stabilité, car l’indice Henry Hub est inférieur à l’actuel Dutch TTF (le point de référence en Europe).

Le fait que l’UE cherche à établir des contrats de longue durée est « une indication que nous cherchons un prix plus bas que le prix spot du marché », a-t-il en outre ajouté.

D’après la Commission, il est donc difficile de prévoir le prix des livraisons supplémentaires de GNL américain à l’heure actuelle, car cela dépendra fortement de la durée des contrats, une question que doit maintenant clarifier la Commission avec les États membres.

C'est également l'avis de Raphael Hanoteaux, conseiller politique principal sur la politique du gaz pour le centre de réflexion E3G. Il estime néanmoins que le GNL en provenance des États-Unis sera clairement plus cher, « car la plupart des nouveaux contrats devraient être négociés dès maintenant, à un moment où les prix du gaz sont extrêmement élevés. Les fournisseurs américains ne sont pas incités à négocier un prix bas. »

« L’Europe s’est appuyée sur le gaz russe bon marché et le remplacement d’une grande partie de ce gaz par du GNL américain entraînera une hausse des coûts. Mais bien sûr, à l’heure actuelle, les prix du gaz naturel sont également extrêmement élevés », nous a confié Jan Rosenow, directeur du centre de réflexion Regulatory Assistance Project, tout en rappelant que le gaz naturel au comptant en Europe s’est historiquement négocié à des prix inférieurs aux prix au comptant du GNL en Asie.

Infrastructures

Il a en outre souligné que l’importation de 15 bcm de GNL supplémentaire en provenance des États-Unis cette année ne nécessiterait pas la construction de nouveaux terminaux GNL en Europe, car les terminaux existants « sont actuellement sous-utilisés et présentent un potentiel important d’augmentation des importations de GNL à court terme ».

À son sens, la capacité totale des terminaux en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Pologne et en Italie devrait être plus que suffisante pour accueillir l’offre supplémentaire des États-Unis cette année.

« Il pourrait être un peu plus difficile d'atteindre 50 bcm par an, bien qu'il existe une capacité théorique de 71,2 bcm d'importations supplémentaires de GNL dans les pays de l'UE, en raison de la répartition géographique inégale des terminaux en Europe », a  estimé pour sa part M. Hanoteaux. 

Dans un document datant du 8 mars (https://aeur.eu/f/yu ), la Commission avait souligné que l’UE a le potentiel d’importer 50 bcm supplémentaires de GNL par an.

Voir la déclaration conjointe : https://aeur.eu/f/yv  (Damien Genicot)

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