Le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a proposé, jeudi 17 mars, de mobiliser quatre types de mesures, dont une aide de 1,5 milliard d’euros, pour soutenir les agriculteurs en crise en raison des conséquences de la guerre en Ukraine déclenchée par la Russie.
Les députés de la commission de l’agriculture du Parlement européen ont plutôt bien accueilli les mesures proposées par la Commission. Janusz Wojciechowski a insisté sur le fait que la Commission continuait de suivre de près la situation des marchés et a laissé entendre que de nouvelles mesures pourraient être prises, si nécessaire.
À ce stade, la Commission prévoit quatre types de mesures : - une intervention en faveur du secteur de la viande porcine (stockage privé); - la mobilisation de la réserve pour les crises agricoles à hauteur de 500 millions d’euros, plus 1 milliard d'euros via un cofinancement de la part des États membres; - des dérogations temporaires pour pouvoir produire des protéagineux sur les parcelles dédiées aux terres en jachère; - autoriser les pays de l’UE à verser des aides d’urgence en faveur de leurs agriculteurs dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Prise en compte de la sécurité alimentaire. M. Wojciechowski a confirmé que la Commission présenterait, mercredi 23 mars, une communication sur le renforcement de la résilience du système alimentaire de l’UE en réaction aux difficultés que provoque l'invasion russe en Ukraine.
Il faut faire en sorte que les capacités de production soient utilisées au mieux, et même renforcées, a dit le commissaire. Mais pas question, selon lui, de renoncer à l’agriculture durable et au respect de l’environnement. Il ne s’est pas prononcé clairement sur le besoin de revoir les objectifs des stratégies ‘de la ferme à la table’ et ‘biodiversité’. Les objectifs de ces stratégies vont dans le sens de la sécurité alimentaire, a indiqué le commissaire, ajoutant que « nous allons continuer à soutenir les agriculteurs qui ont des pratiques propices à l'environnement et à la qualité des terres et de l'eau ».
M. Wojciechowski a défendu « une agriculture durable, qui puisse résister aux chocs et qui dépende moins des approvisionnements venant de pays tiers ».
Herbert Dorfmann (PPE, italien) a demandé à la Commission de reporter à après la crise la présentation du paquet ‘protection de la nature’ (révision des règles sur l’utilisation durable des pesticides et protection de la biodiversité), qui découle du 'Pacte vert européen'.
Au contraire, les eurodéputés du groupe Verts/ALE, dont le Français Claude Gruffat, ont estimé que la stratégie 'de la ferme à la table' ne devait pas être remise en cause. « Elle est la garantie de notre sécurité alimentaire sur le long terme », selon M. Gruffat.
Plusieurs eurodéputés, comme Martin Hlaváček (Renew Europe, tchèque) ou Anne Sander (PPE, française), ont demandé à la Commission de prendre d’autres mesures, notamment pour les semences et surtout pour faire face au prix élevé des intrants. Mme Sander a suggéré une suspension des droits de douane sur les importations d'intrants.
Le 23 mars, le Parlement européen adoptera également une résolution commune sur la sécurité alimentaire (https://aeur.eu/f/td ). Pour le moment, tous les groupes ont remis leur propre projet de résolution, avant le travail de rédaction d'une résolution commune (EUROPE 12912/6).
M. Wojciechowski a, par ailleurs, précisé que les agriculteurs ukrainiens, malgré la guerre, continuent leur travail. Mais il leur manque entre 200 et 350 tonnes de carburant pour pouvoir effectuer les semis dans les champs. Le commissaire a dit essayer de trouver une solution pour que ce carburant soit acheminé en Ukraine depuis la Pologne. (Lionel Changeur)