Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a fait part, mardi 15 mars, à la veille d’une réunion extraordinaire des ministres de la Défense des pays alliés à Bruxelles pour discuter notamment de la situation en Ukraine, de ses préoccupations concernant une possible attaque chimique russe en Ukraine.
« Les Russes font des déclarations absurdes sur des laboratoires biologiques et des armes chimiques en Ukraine. C'est juste un autre mensonge. Et nous sommes préoccupés par le fait que Moscou pourrait organiser une opération sous un faux prétexte, incluant peut-être des armes chimiques », a-t-il expliqué devant les médias, ajoutant que l’utilisation de telles armes serait « inacceptable ». Le secrétaire général a rappelé que toute utilisation d’armes chimiques serait une violation du droit international, de conventions signées par la Russie, et a appelé celle-ci à ne pas en utiliser. « Si de telles armes étaient utilisées, le prix à payer serait élevé », a prévenu M. Stoltenberg tout en précisant ne pas vouloir spéculer sur la réaction qu’aurait l’OTAN.
M. Stoltenberg a rappelé qu’il fallait soutenir les Ukrainiens qui « se battent courageusement, défendant leurs maisons et leur avenir ». En plus des sanctions et de la formation militaire dispensée à des « dizaines de milliers de soldats ukrainiens » avant la guerre, « les Alliés ont également fourni des quantités importantes d'équipements essentiels, notamment des armes antichars et de défense aérienne, des drones, des munitions et du carburant », a précisé le secrétaire général, estimant que cette formation et ces équipements aidaient l'Ukraine à se défendre.
« L'Ukraine a un droit fondamental à l'autodéfense, consacré par la Charte des Nations Unies, et les Alliés et les partenaires de l'OTAN continueront d'aider l'Ukraine à faire respecter ce droit en fournissant des équipements militaires, ainsi qu'une aide financière et humanitaire », a-t-il insisté, alors que les Alliés ont refusé de mettre en place la zone d’exclusion aérienne demandée par Kiev.
Lors de leur rencontre à Bruxelles, les ministres des pays alliés seront rejoints par leurs homologues géorgien, suédois, finlandais et le Haut Représentant de l’UE et ils s’entretiendront en visioconférence avec le ministre de la Défense ukrainien, Oleksii Reznikov.
Renforcer la sécurité des Alliés à court terme...
Devant les médias, M. Stoltenberg a rappelé que l’Alliance avait rapidement réagi à la crise ukrainienne en activant les plans de défense, en augmentant son niveau de préparation et en déployant pour la première fois la Force de réaction de l'OTAN pour la défense collective.
« Il y a maintenant des centaines de milliers de soldats en alerte renforcée dans toute l'Alliance. 100 000 soldats américains en Europe et environ 40 000 soldats sous commandement direct de l'OTAN, principalement dans la partie orientale de l'Alliance », a-t-il précisé, ajoutant qu’ils étaient soutenus par une importante puissance aérienne et navale et des défenses aériennes.
M. Stoltenberg a précisé que les États-Unis déployaient actuellement des batteries Patriot – un système de défense antiaérienne - en Pologne, et que l’Allemagne et les Pays-Bas faisaient de même en Slovaquie.
... et à long terme
Au-delà de ces mesures, les ministres de la Défense entameront une discussion sur les mesures concrètes à prendre pour renforcer notre sécurité à long terme, dans tous les domaines. Le secrétaire général a espéré que les ministres s’accorderont pour charger les commandants militaires de l'OTAN d'élaborer des options pour le sommet de Madrid en juin.
« Sur le plan terrestre, il pourrait s'agir d'un accroissement substantiel des forces dans la partie orientale de l'Alliance, à un niveau de préparation plus élevé et avec davantage d'équipements prépositionnés », a-t-il expliqué. Selon M. Stoltenberg, l’Alliance envisage aussi des augmentations importantes des déploiements de moyens aériens et navals, le renforcement de la défense aérienne et antimissile intégrée et des cyberdéfenses et l’organisation d’exercices plus nombreux et plus importants.
Et alors que plusieurs Alliés ont déjà annoncé l’augmentation de leurs dépenses de défense, à l’image de l’Allemagne ou du Danemark, le secrétaire général a prévenu que des renforcements majeurs de la défense nécessiteront des augmentations importantes des investissements, encourageant tous les Alliés à consacrer un minimum de 2% de leur PIB à la défense. (Camille-Cerise Gessant)