Les grands argentiers européens ont reconnu que l'invasion russe de l'Ukraine aura un impact négatif sur l'économie européenne par l'incertitude qu'elle crée et l'envolée additionnelle des prix énergétiques qu'elle provoque. Ils estiment toutefois que c'est le prix à payer pour défendre les valeurs européennes et ils agiront pour atténuer cet impact, notamment pour le pouvoir d'achat.
« La défense de nos valeurs, de la liberté, de la souveraineté des peuples a un prix. Elle nous amène à prendre des décisions politiques, économiques qui sont difficiles », a déclaré le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, à propos des sanctions que l'Union européenne était en train de finaliser vendredi 25 février (voir autres nouvelles et 12898/1). « Nous savons qu'il y aura un coût économique » qui émergera « dans les prochaines semaines et les prochains mois » et qui sera « diffèrent selon les États membres », a estimé le président de l'Eurogroupe, Paschal Donohoe.
« Bien peu auraient imaginé que l'incertitude reviendrait par la porte de la guerre, qu'on imaginait fermée pour toujours », a relevé la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde. Elle a assuré que l'institut monétaire de Francfort suivait de très près la situation en Ukraine et qu'il évaluera l'impact du conflit sur l'inflation d'ici à la réunion décisionnelle du Conseil des gouverneurs de jeudi 10 mars.
Mme Lagarde a également assuré que la BCE se tenait prête à prendre tout type d'action ('whatever action') appropriée pour respecter sa mission de garantir la stabilité des prix et la stabilité financière dans la zone euro, réitérant ainsi le langage de crise du 'quoi qu'il en coûte'. Elle a mis en avant la diversité des options de politique monétaire à la disposition de l'institut monétaire et la flexibilité dont celui-ci dispose pour les utiliser ('optionality' et 'flexibility').
Concernant l'incertitude provoquée par l'invasion, l'ancienne directrice du FMI a noté une détérioration sur les marchés financiers sans pour autant attendre « des perturbations désordonnées ».
Début février, la présidente de la BCE n'avait plus écarté la possibilité d'une augmentation des taux directeurs après la finalisation de l'opération 'PEPP' de rachat massif de titres publics initiée au déclenchement de la pandémie de Covid-19 (EUROPE 12883/17).
Répondre à la flambée des prix énergétiques
Un autre canal à travers lequel la guerre en Europe aura des répercussions sur l'économie européenne est la flambée des prix énergétiques, principal facteur de la hausse de l'inflation, qui a atteint le niveau record de 5,1% dans l'Eurozone en janvier. Le gaz, pour lequel la Russie représente 22,2% des importations de la zone euro, a vu son prix multiplié par 6 en un an, tandis que les prix du pétrole ont augmenté de 54% sur la même période, a noté Mme Lagarde.
Dans un communiqué conjoint, le Conseil Écofin, la Commission européenne et la BCE se disent « déterminés » à accélérer les travaux visant à accroître « l'indépendance » économique de l'UE, notamment énergétique.
La Commission présentera, mercredi 2 mars, une communication sur une boîte à outils permettant de répondre à la hausse des prix énergétiques. Sont prévues des mesures relatives à l'achat conjoint de gaz et au stockage stratégique, a avancé le vice-président exécutif de la Commission, Valdis Dombrovskis (EUROPE 12894/5). Relevant que la Norvège avait dépassé son quota maximal d'exportation de gaz, il a estimé que l'UE devait renforcer sa résilience face à des possibles manipulations du marché par la Russie.
« Nous devons investir dans la sécurité énergétique et la diversification de notre approvisionnement », non seulement à travers les énergies renouvelables, mais aussi par la création d'une capacité de production de gaz, a indiqué le ministre allemand, Christian Lindner. Selon lui, il convient d'« améliorer l'infrastructure de transport au sein de l'UE afin que le gaz liquide puisse être acheminé d'Espagne vers le nord de l'Europe ».
La ministre espagnole Nadia Calviño a réitéré la position de l'Espagne, favorable à une réforme d'ampleur du marché de l'énergie afin que « la hausse des prix du gaz et du pétrole sur les marchés internationaux ne contamine pas les prix de l'électricité ».
Sur le plan de la politique budgétaire, l'Eurogroupe, qui préconise une orientation budgétaire modérément expansionniste en 2022, identifiera dans trois semaines la réponse appropriée en de telles circonstances, sur la base d'une communication sur les orientations budgétaires pour 2023 que la Commission dévoilera mercredi 2 mars.
Voir la déclaration conjointe du Conseil Écofin, de la Commission européenne et de la BCE : https://aeur.eu/f/IJ (Mathieu Bion avec Anne Damiani)