Des représentants des 27 États membres, d'une vingtaine de pays de la région indo-pacifique, de la Commission européenne, et de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Anase) se sont retrouvés à Paris pour un forum pour la coopération dans l'Indo-pacifique. Cet événement organisé à l'initiative de la Présidence française du Conseil de l'UE (PFUE) a permis de réaffirmer l'ambition de l'Union européenne de renforcer les divers partenariats dans la zone, telle que décrite dans la stratégie présentée par la Commission en septembre 2021 (EUROPE 12792/1).
En revanche, il ne s'agit pas, pour le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, et le Haut représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et à la Politique de sécurité de l'UE, Josep Borrell, de créer une logique de blocs et de confrontation avec d'autres puissances dans la région, telles que la Chine. D'ailleurs, si cette dernière n'a pas été invitée au forum, c'est « parce qu'il y a déjà un canal de dialogue existant entre l'UE et la Chine. Ce forum n'était pas le cadre adéquat », selon Jean-Yves Le Drian.
Ceci étant dit, plusieurs intervenants ont insisté, lors du discours d'ouverture du forum, sur les menaces qui pesaient sur la région de la part de puissances ne respectant pas les règles internationales. « Nous voulons nous aider à échapper à la dépendance dans lesquelles les stratégies d'emprise pourraient nous enfermer ou les États de l'indo-pacifique dans des partenariats obligatoires », a pointé le ministre des Affaires étrangères français.
Le forum a permis de réaffirmer l'engagement en faveur d'une coopération renforcée dans plusieurs domaines : la sécurité, la connectivité, la lutte contre le réchauffement climatique, le numérique, les liens commerciaux ou encore la santé.
Sécurité et défense. « Nous allons intensifier le dialogue sur la sécurité et la défense, la lutte contre le terrorisme et la cybersécurité. Nous allons nous efforcer de tenir une route maritime sûre, libre et ouverte », a résumé M. Borrell. Selon Jean-Yves Le Drian, les participants ont souligné l’extension aux États insulaires du pacifique du programme européen Crimario sur les routes maritimes critiques et l’extension du concept de 'présence maritime coordonnée' dans le nord-ouest de l’Océan indien – annoncé la veille par l’Union européenne (EUROPE 12895/6).
M. Le Drian a annoncé que la France y participerait. « On a senti une demande de sécurisation des routes maritimes de la part de nos partenaires et nous voulons apporter notre contribution à la paix et la stabilité dans la région par cette présence renforcée, mais surtout coordonnée », a-t-il expliqué.
À son arrivée au forum, le ministre japonais des Affaires étrangères, Yoshimasa Hayashi, avait estimé que les efforts pour assurer la sécurité maritime étaient « essentiels pour promouvoir la stabilité », saluant une présence européenne accrue dans la région.
Connectivité. Les participants du côté indo-pacifique se réjouissent de l'initiative européenne 'Global Gateway' (EUROPE 12844/7). Pour Josep Borrell, « il faut mobiliser les financements nécessaires pour que cette connectivité soit productive ».
Commerce. M. Borrell a rappelé que l'UE souhaitait s'efforcer de conclure les négociations pour un accord commercial avec l'Australie, l'Indonésie et la Nouvelle-Zélande et de reprendre les négociations commerciales avec l'Inde (EUROPE 12716/4). La conclusion d'un accord avec cinq pays de la Communauté de l'Afrique de l'Est, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande figure aussi à l'agenda européen. Enfin, l'UE étudie toujours la possibilité d'un accord de libre-échange avec l'Anase, avec laquelle elle a déjà mis à jour ses relations pour un partenariat stratégique renforcé en décembre 2020.
Birmanie. Par ailleurs, les participants ont exprimé leur inquiétude quant à la situation en Birmanie, après le coup d'État militaire de février 2021 (EUROPE 12895/3, 12881/2). « La crise politique actuelle en Birmanie est un des problèmes régionaux les plus complexes. Il n'y a pas de solution miracle. Cela nécessite un engagement fort de tous », a indiqué le ministre cambodgien des Affaires étrangères, Prak Sokhonn. (Camille-Cerise Gessant et Léa Marchal)