Hasard du calendrier, le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a présenté, jeudi 16 septembre, la nouvelle stratégie de l’UE pour l’Indo-pacifique, quelques heures après l’annonce des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Australie de la création d’une alliance dans le domaine de la défense, torpillant un contrat entre la France et l’Australie sur des sous-marins à propulsion nucléaire.
« Ces évènements font que cette stratégie est plus importante. Cela ne fait que montrer l’importance de la région et la nécessité de notre engagement », a souligné M. Borrell devant les médias, rappelant que l’UE investit deux fois plus dans la région que les États-Unis (12 trillions d’euros contre 6).
La communication conjointe de la Commission européenne et du Haut Représentant de l’UE est « construite sur une volonté de coopération et non de confrontation », a insisté le Haut Représentant. Elle se fonde sur les conclusions du Conseil de l’UE d’avril 2021 (EUROPE 12702/17).
Commerce et investissement
Pour la Commission et le Haut Représentant, l'annonce de cette stratégie indo-pacifique doit être suivie par la multiplication des partenariats économiques dans cette région. Face à la montée en puissance de la Chine, qui est accusée de dumping, l'UE doit s'allier à des partenaires « qui partagent ses valeurs ».
Ceci implique d'abord de faire suite aux négociations en cours ou en suspens avec plusieurs pays de la région. La Commission souhaite avancer vers la conclusion d'accords commerciaux avec l'Australie, l'Indonésie et la Nouvelle-Zélande, mais aussi l'Inde, avec laquelle elle s'est accordée pour démarrer les négociations en mai (EUROPE 12716/4). L'Afrique de l'Est constitue également une région pertinente pour l'UE, avec laquelle elle veut compléter son Accord de partenariat économique.
Ensuite, la Commission se dit intéressée par la reprise des discussions qui ont été mises en pause avec la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande. Le commissaire européen au commerce, Valdis Dombrovskis, a d'ailleurs tenu une réunion avec ses homologues de l'Association des Nations Unies de l'Asie du Sud-Est (ANASE), le 14 septembre, où il s'est exprimé en faveur de travaux vers un futur accord commercial entre l'UE et l'ANASE (EUROPE 12790/22).
En attendant, elle souhaite déjà conclure des accords de partenariat et de coopération (APC) avec la Malaisie et la Thaïlande.
Comme elle l'a fait avec le Japon en mai dernier (EUROPE 12728/13), la Commission souhaite multiplier les alliances vertes avec les pays de la région indo-pacifique.
Chine
L'UE veut poursuivre les discussions avec la Chine « en s'engageant bilatéralement pour promouvoir les solutions aux défis communs, coopérer sur des questions d'intérêts communs et encourager la Chine à participer à une région indo-pacifique pacifique et prospère », détaille le document. Si sa stratégie indo-pacifique se concentre davantage sur le reste de la région, elle précise toutefois que les « progrès dans la ratification de l'Accord d'investissement avec la Chine (CAI) [...] sont dans l'intérêt des deux parties ».
Partenariats numériques
Dans le domaine numérique aussi, l'UE veut s'assurer une place importante dans cette région à travers la conclusion des accords de partenariat numérique. Ceux-ci visent à accroître la coopération en matière d'infrastructures, de transformation numérique des services publics et des entreprises, et de développement des compétences. Dans un premier temps, l'UE propose d'explorer le lancement de négociations avec le Japon, la Corée du Sud et Singapour.
Connectivité
L’UE entend en outre promouvoir la connectivité dans toutes ses dimensions avec les partenaires de la région indo-pacifique. Elle compte les aider à mettre en place un bon environnement règlementaire et faciliter le financement pour améliorer la connectivité sur le terrain entre l'Europe et l'Indo-Pacifique.
Transition verte
La stratégie plaide aussi pour une transition verte. L'UE souhaite travailler avec les partenaires de la région pour combattre, atténuer et s'adapter au changement climatique, et pour lutter contre la perte de biodiversité, la pollution et d'autres formes de dégradation de l'environnement. Cela pourrait passer par la conclusion d’alliances et de partenariats verts. La part de la région dans les émissions mondiales de dioxyde de carbone est passée de 37 à 57% depuis 2000 et la région représentera plus de 70% de la croissance de la demande énergétique mondiale d'ici à 2030, précise le document.
Océans
La gouvernance des océans est également mise en avant. L’UE compte renforcer la gouvernance des océans dans la région, en pleine conformité avec le droit international, et continuer à aider les partenaires de la région à lutter contre la pêche illégale, non déclarée et non règlementée et à mettre en œuvre les accords de partenariat pour une pêche durable.
Sécurité et défense
En termes de sécurité et de défense, la stratégie propose de promouvoir une architecture de sécurité régionale ouverte et fondée sur des règles, notamment des lignes de communication maritimes sûres, le renforcement des capacités et une présence navale accrue dans la région indo-pacifique.
Devant les médias, M. Borrell a souligné l’importance que l’UE donne à une présence significative navale européenne dans la région. « Nous allons explorer les voies d’assurer un déploiement naval accru de nos États membres dans la région, en prenant en compte les leçons apprises du premier examen de la présence maritime coordonnée. Nous allons étudier l’opportunité d’établir des zones d’intérêts maritimes et nous engager avec nos partenaires », a-t-il expliqué.
La stratégie propose aussi de soutenir la capacité des partenaires de la région à assurer la sécurité maritime.
Le renforcement des capacités des partenaires à lutter contre la cybercriminalité est également souligné.
Sécurité humaine
Enfin, la stratégie plaide pour la sécurité humaine : l’UE veut soutenir les systèmes de santé et la préparation aux pandémies dans les pays les moins développés de la région, notamment grâce à l'intensification de la recherche collaborative sur les maladies transmissibles dans le cadre du programme de recherche Horizon Europe. Elle souhaite également renforcer son engagement en matière de réduction des risques et de préparation aux catastrophes.
Voir la communication commune : https://bit.ly/3nD5bs8 (Léa Marchal et Camille-Cerise Gessant)