L’État maltais pointé du doigt pour son rôle dans l’assassinat de la journaliste Daphné Caruana Galizia, la suspension de Klubrádió en Hongrie (EUROPE 12655/26), la situation critique de l'agence de presse slovène (EUROPE 12781/3)... Les exemples récents d'atteinte à la liberté de la presse dans l'UE sont légion (EUROPE 12702/28).
En vue d'y mettre un terme, la Commission européenne a publié à l’intention des Vingt-sept, jeudi 16 septembre, une recommandation visant à renforcer la protection des journalistes – recommandation qui reposera toutefois sur la bonne volonté des gouvernements.
Le texte présenté contient, comme évoqué précédemment (EUROPE 12789/2), une série de requêtes concernant la protection des journalistes en manifestation ainsi que celle des femmes journalistes et des journalistes appartenant à des groupes minoritaires. Elle attire par ailleurs l’attention sur la nécessité de veiller à la cybersécurité des journalistes.
Des recommandations plus générales y sont également formulées : les Vingt-sept sont appelés à enquêter sur les actes criminels à l’égard des journalistes, à fournir une protection personnelle aux journalistes menacés ou encore à veiller à ce que tous aient accès sans discrimination aux informations, « y compris aux conférences de presse et aux documents détenus par les autorités publiques ».
En salle de presse, jeudi, la vice-présidente de la Commission, Věra Jourová, a toutefois reconnu craindre « que la recommandation soit prise plus au sérieux par les États où moins de problèmes sont constatés ».
« C’est ce que nous devrons gérer, au moyen d’un dialogue proactif avec les États dans lesquels on observe des situations à risque », a-t-elle ajouté.
Obtenir des « garanties concrètes »
Les ONG veillant au respect de la liberté de la presse ont accueilli favorablement la recommandation, mais partagent les craintes formulées par la vice-présidente.
Ainsi, Reporters sans Frontières (RSF) salue « un pas dans la bonne direction », mais souligne que ces recommandations ne permettront des améliorations concrètes qu’à condition que les Vingt-sept s'en saisissent.
« RSF appelle les chefs d’État et gouvernement de l’UE à faire preuve de responsabilité et la Commission européenne à montrer sa détermination pour que ces recommandations ne restent pas lettre morte », a réagi la représentante de RSF auprès de l’UE, Julie Majerczak.
L’organisation Civil Liberties Union for Europe, quant à elle, a assuré à EUROPE que la Commission « devrait aller plus loin et mettre en œuvre des garanties concrètes dans le droit européen ». L’organisation soutient, à cet égard, le projet d’Acte sur la Liberté des Médias annoncé la veille (EUROPE 12791/7) et cite comme exemple de « garantie » l’initiative législative à venir sur les « procédures bâillons » (EUROPE 12689/22).
L’eurodéputée maltaise Roberta Metsola (PPE) – corapporteur sur ce sujet (EUROPE 12782/24) – a appelé elle aussi les États membres à se conformer à la recommandation.
« Mais nous devrons aller plus loin », a-t-elle indiqué à EUROPE, présentant également comme une « priorité » l'application « d’exigences juridiques minimales pour protéger les journalistes des procédures bâillons ».
Jeudi après-midi, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, était à Malte et s'est rendue sur les lieux où Mme Caruana Galizia a été assassinée. Elle a pu s'entretenir avec la famille de la victime. Mme von der Leyen a aussi indiqué que le Premier ministre maltais, Robert Abela, l'avait informée des intentions du gouvernement maltais pour mieux faire face aux procédures baillons (SLAPPs) (EUROPE 12782/24).
Consulter la recommandation : https://bit.ly/3nEJAiT (Agathe Cherki)