L’eurodéputé Benoît Biteau (Verts/ALE, français) a estimé, dans un entretien accordé mercredi 15 septembre à EUROPE, que le Parlement européen devait voter en novembre en plénière contre les textes réformant la politique agricole commune (PAC), ceci afin de « réécrire » cette politique (propos recueillis par Lionel Changeur).
Agence Europe - Vous parlez souvent de 'greenwashing' à propos de la réforme qui a été décidée entre les institutions de l’UE. Sur quels points êtes-vous le plus déçu ?
Benoît Biteau – La PAC actuelle contient des règles de conditionnalité, conditionnant 30% des aides directes qui permettent d’avoir des garde-fous sur certaines pratiques agricoles (verdissement des aides). Le résultat des négociations sur la prochaine PAC se traduit, par exemple, par la suppression de la rotation des cultures. Donc, l’écoconditionnalité qui existe aujourd’hui a été fortement atténuée.
S’agissant des écorégimes, le ministre français de l’Agriculture, Julien Denormandie, a admis que presque 80% des agriculteurs vont réussir à en bénéficier sans rien changer à leurs pratiques ! Rien dans les cahiers des charges des écorégimes ne permet de verdir cette PAC.
Donc, avec la nouvelle PAC, on maintiendrait le statu quo…
C’est même pire. La notion de verdissement est maintenue, mais son cahier des charges est dénaturé. Ces règles n’étaient déjà pas suffisamment ambitieuses pour faire bouger les pratiques agricoles et des principes aussi fondamentaux que la rotation des cultures ne sont plus une condition du verdissement. Or, il s’agit de la base de pratiques qui nous éloignent pourtant de l’utilisation des pesticides et des engrais de synthèse.
Autre exemple : la haute valeur environnementale (HVE) (certification environnementale des exploitations agricoles : NDLR). Il s’agira d’un écorégime pour lequel il suffira de prévoir 10% de surfaces d’intérêt écologique, soit quelques centaines de mètres de haies en périphérie des parcelles et de consacrer moins de 30% de son chiffre d’affaires à l’achat d’intrants (pesticides et engrais, par exemple). C’est très facile. Sans changer les règles actuelles, les agriculteurs pourront toucher ces écorégimes. Et franchement, 30% ! Je ne veux pas être leur voisin… surtout qu’il n’y a aucune liste restrictive pour le choix de ces pesticides.
Vous avez aussi des inquiétudes en matière d’utilisation de l’eau.
La seule solution que l’on propose pour sortir l’agriculture des difficultés, c’est de stocker de l’eau pour mobiliser encore davantage une ressource de plus en plus rare.
D’autres sujets sont mis en avant par votre groupe, comme les prairies permanentes.
Les activités d’élevage « modernes » utilisent pour nourrir des herbivores du maïs, pauvre en protéines et dont on connait l’impact désastreux de sa culture sur le climat et sur la biodiversité. Et, en raison de sa très faible teneur en protéines, on importe massivement d’Amérique du soja OGM et la déforestation associée à l’extension de son aire de culture. On coche donc toutes les cases de ce qu’il ne faut pas faire. La bonne façon de nourrir les herbivores, c’est de les nourrir avec de l’herbe. Il suffit de préserver les prairies naturelles, et c’est bon aussi pour la biodiversité et pour l’atténuation du changement climatique.
Cela suppose donc un changement de modèle…
Il est où le problème ? Les agriculteurs ne s’en sortent pas avec ce modèle-là. Pourquoi alors vouloir nous empêcher de leur proposer des pratiques agricoles qui soient rentables ? En réalité, les meilleurs alliés des agriculteurs, ce sont les écologistes.
L’accord prévoit une forme de plafonnement des aides. Qu’en pensez-vous ?
C’est un pansement sur une jambe de bois. Il faut s’attaquer à la cause du problème, à savoir la façon dont on distribue les aides de la PAC. Aujourd’hui, on distribue les aides de la PAC par unité de surface. Les plus gros exploitants, principaux utilisateurs de pesticides, sont ceux qui raflent le pactole des aides de la PAC. La réforme n’a pas touché au cœur du réacteur. Il faudrait verser les aides par unité de main-d’œuvre.
Le PE pourrait-il, comme vous le souhaitez, rejeter les textes réformant la PAC ?
Un tiers du PE n’a pas voté en faveur de la réforme de la PAC en octobre 2020. Or, les négociations entre institutions de l’UE qui ont abouti lors des trilogues (juin 2021) ont affaibli la PAC, qui était déjà mauvaise. Je vais appeler à ne pas voter la PAC et l’intérêt de cela est de la réécrire en intégrant le vote du PE sur l’état d’urgence climatique, la feuille de route pour le climat et les stratégies biodiversité, et de la ferme à la table.
Cette PAC est inopérante sur le soutien des revenus des agriculteurs, sur la dynamique de l’installation des jeunes et du renouvellement des générations et sur les enjeux du climat. C’est l’occasion historique de changer cette PAC.