Le gouvernement allemand a annoncé la suspension provisoire de la procédure de certification du gazoduc Nord Stream 2, mardi 22 février, en réponse à la décision de Moscou de reconnaître l’indépendance des Républiques populaires de Donetsk et Louhansk situées dans l’est de l’Ukraine.
« La situation a radicalement changé et nous devons maintenant réévaluer la situation, y compris pour Nord Stream 2 (...) Dans les circonstances actuelles, la certification n’est pas possible », a ainsi déclaré le chancelier allemand, Olaf Scholz, quelques heures avant l’adoption d’un paquet de sanctions de l’Union européenne contre la Russie (EUROPE 12896/1).
Cette décision a été rapidement saluée par le ministre des Affaires étrangères ukrainien, Dmytro Kuleba. Selon lui, elle est la preuve qu’un « véritable leadership implique des décisions difficiles à prendre en des temps difficiles ».
Achevé en septembre 2021, Nord Stream 2 consiste en un double gazoduc reliant directement la Russie à l’Allemagne et qui s’étend sur 1 234 kilomètres à travers la mer Baltique. Sa mise en service est néanmoins retardée depuis novembre, à la suite de la décision de l’Agence fédérale allemande des réseaux (Bundesnetzagentur) de suspendre temporairement sa certification pour des raisons juridiques (EUROPE 12833/8).
Alors que la procédure de certification devait s’achever cet été, l’annonce de M. Scholz pourrait donc prolonger la suspension.
De son côté, la Commission européenne a salué la décision du gouvernement allemand. « Je pense que le gouvernement allemand a tout à fait raison. Nord Stream 2 doit être évalué à la lumière de la sécurité de l’approvisionnement énergétique de l’ensemble de l’Europe », a ainsi déclaré sa présidente , Ursula von der Leyen.
Et d’ajouter : « Cette crise montre que l’Europe est encore trop dépendante du gaz russe. Nous devons diversifier nos fournisseurs et investir massivement dans les énergies renouvelables ».
Quelles conséquences sur la sécurité énergétique de l’UE ?
Si la suspension de Nord Stream 2 n’a pas de conséquences directes sur l’approvisionnement en gaz russe de l’UE, étant donné que le gazoduc n’avait pas encore été mis en service, la décision allemande laisse toutefois planer le risque de représailles de la part de Moscou concernant ses exportations gazières.
Le Premier ministre tchèque, Petr Fiala, a ainsi assuré devant le parlement tchèque que son pays était « prêt à faire face à divers scénarios, dont une éventuelle interruption des livraisons de produits énergétiques en provenance de la Russie ».
Interrogée sur le risque pour l’UE en matière de sécurité énergétique, la Commission s’est voulue rassurante.
« Nous avons examiné tous les scénarios de perturbation possibles dans le cas où la Russie déciderait d’interrompre partiellement ou totalement l’approvisionnement en gaz de l’UE. Nos modèles montrent que nous sommes désormais plutôt du côté de la sécurité pour cet hiver », a assuré un porte-parole de l’institution, reprenant ainsi des propos récents de Mme von der Leyen (EUROPE 12892/30).
Il a également rappelé que la Commission avait récemment multiplié ses contacts avec des pays partenaires pour garantir la sécurité énergétique de l’UE en cas d’arrêt des livraisons russes. Ces partenaires comprennent non seulement des fournisseurs de gaz et de gaz naturel liquéfie (GNL) tels que la Norvège, les États-Unis l’Azerbaïdjan, le Nigéria, l’Égypte ou encore le Qatar, mais aussi des pays gros consommateurs de gaz, tels que le Japon et la Corée du Sud, qui pourraient réorienter certaines de leurs livraisons vers l’Europe, si nécessaire (EUROPE 12887/11).
« Plus de 120 navires ont apporté dix milliards de mètres cubes de GNL en Europe au cours du premier mois de cette année », un record, a notamment souligné le porte-parole.
De son côté, M. Scholz a annoncé qu’il avait demandé au ministère allemand des Affaires économiques de réaliser une nouvelle analyse de la sécurité de l’approvisionnement énergétique de l’Allemagne.
Vers une nouvelle hausse des prix du gaz ?
Quelques heures après l’annonce de la suspension de Nord Stream 2, le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, a déclaré que les prix du gaz étaient susceptibles d’encore augmenter à court terme, lors d’une conférence de presse à Düsseldorf.
Sur Twitter, le vice-président du Conseil de sécurité de Russie et ancien Président russe, Dmitry Medvedev, a pour sa part semblé lancer un avertissement à l’UE, en écrivant : « Bienvenue dans le meilleur des mondes où les Européens vont très bientôt payer 2 000 euros pour 1 000 mètres cubes de gaz naturel ! ».
À l'issue du Conseil 'Affaires générales', le vice-président de la Commission, Maroš Šefčovič, a indiqué que l'institution de l'UE allait présenter, la semaine prochaine, sa communication sur l'énergie qui étendra la boîte à outils des mesures européennes permettant de lutter contre la flambée des prix énergétiques et de « garantir une énergie abordable pour l'hiver prochain » (EUROPE 12894/5).
Dans le contexte géopolitique actuel, la question énergétique sera à nouveau inscrite à l'ordre du jour du sommet européen des jeudi 24 et vendredi 25 mars, a indiqué le Secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Clément Beaune. (Damien Genicot)