Plusieurs navires-citernes transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) à destination du Japon ont changé de cap pour aller livrer l’Europe afin de l’aider à s’approvisionner en GNL, a déclaré le ministre japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, Koichi Hagiuda, selon des informations transmises par l’Agence France-Presse, mercredi 9 février.
Ces livraisons supplémentaires devraient arriver en Europe ce mois-ci et d’autres devraient arriver en mars. Leur objectif est de contribuer à prévenir le risque d’un manque d’approvisionnement en gaz qui plane sur l’Europe en raison de la situation géopolitique actuelle.
Une éventuelle agression de la Russie envers l’Ukraine alimente en effet les craintes d’une suspension des livraisons de gaz russe vers l’Europe en cas de mesures de rétorsion des pays occidentaux contre Moscou.
Si le ministre japonais n’a pas précisé les volumes de GNL qui seront ainsi vendus en Europe, il a souligné que l’importance de ces livraisons était conditionnée au fait que le Japon reçoive lui-même des livraisons de GNL suffisantes.
Garantir un approvisionnement en gaz suffisant
Cette annonce intervient alors que l’Union européenne s’efforce de multiplier les contacts avec d’autres fournisseurs de gaz que la Russie (qui compte pour environ 40% des importations de gaz de l’Union), afin d’assurer un approvisionnement supplémentaire, si nécessaire.
Outre le Japon, l’UE est notamment en contact étroit avec les États-Unis (EUROPE 12885/2), la Norvège, le Qatar et l’Azerbaïdjan.
La commissaire à l’Énergie, Kadri Simson, était ainsi à Bakou, le 4 février, à l’occasion de la huitième réunion ministérielle du Conseil consultatif du corridor gazier méridional.
Elle y a souligné le « rôle stratégique » de l’Azerbaïdjan, qui « poursuit ses efforts pour assurer à l’Europe un approvisionnement énergétique sûr, stable et abordable ».
Quelques jours plus tôt, mardi 1er février, la commissaire s’était entretenue par vidéoconférence avec le ministre de l’Énergie du Qatar, Saad Sherida al-Kaabi.
Si ce dernier a assuré que le Qatar « est prêt à soutenir ses partenaires dans le monde entier en cas de besoin », il a également souligné que « le volume de gaz dont l’UE a besoin ne peut être remplacé par personne de manière unilatérale sans perturber l’approvisionnement d’autres régions du monde ».
Le centre de réflexion (‘think tank’) Bruegel estime même que les mesures visant à remplacer l’approvisionnement en gaz russe ne suffiront pas en cas d’interruption des livraisons de Gazprom à l’UE.
« L’Union européenne devra freiner la demande, ce qui implique des décisions coûteuses et difficiles (telles que la réduction du gaz industriel) », estime ainsi l’organisation dans une note publiée le 27 janvier.
« Même s’il était techniquement possible de synchroniser l’épuisement des stocks à travers l’Europe pour retarder ou prévenir les ruptures d’approvisionnement en gaz dans toute l’UE, le risque existe que les pays mieux approvisionnés ne soient pas disposés à partager leurs maigres ressources en gaz avec les pays en situation plus difficile », indique en outre la note.
En Allemagne, le niveau des réserves de gaz est descendu à 35-36%, contre 82% durant la même période en 2020, a indiqué mercredi une porte-parole du ministère allemand de l’Économie et du Climat, tout en qualifiant ce niveau d’« inquiétant ».
Voir la note de Bruegel : https://aeur.eu/f/a2 (Damien Genicot)